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Tagged With: Jonah Kensington

Les sombres secrets des rêves, et la conversion d’un sceptique

J’ai souvent eu de bonnes surprises culinaires à New York, mais c’est la dernière fois que je prends du poisson dans ce restaurant. Je ne sais pas s’il était trop vieux ou mal préparé, mais c’était tout bonnement infect, et j’ai à peine touché à mon assiette… Bref. J’ai demandé au garçon un autre sucre à mettre dans mon café pour en faire passer le goût pendant que j’écris ces quelques lignes.

15 janvier 1925, suite

Mes nouveaux compagnons et moi avons discuté de la marche à suivre hier pendant le déjeuner. Eva nous a appris que le dialecte qu’utilisaient les nègres n’était pas du Kiswahili mais quelque chose de proche, donc une langue avec une source proche de la région du Kenya. Elle nous a expliqué avoir appris la langue sur place dans une expédition à la recherche de “Sangoen”, des objets en pierre transformés en outils. Katherine nous fit alors remarquer qu’Eva avait embarqué l’une des hachettes des nègres, qui dépassait d’ailleurs de son manteau de manière flagrante en formant une énorme bosse. Comment avons nous pu ne pas le remarquer dès le début du repas? La mort d’Elias nous avait tous visiblement secoués. Le repas terminé, nous partîmes la remettre chez elle avant d’aller voir le Lieutenant Poole. Vu sa décoration intérieure, Eva s’intéresse ostensiblement à l’art et aux antiquités exotiques.

Martin Poole

Le Lieutenant Martin Poole

Après ce détour pour déposer la hachette, nous arrivons à l’officine du la police de New York où nous avait convié Poole. Le greffier prit nos noms et nous amena voir le lieutenant. Nous lui avons relaté les faits aussi clairement que possible. Il nous apprit que le docteur Lemming a été mandé pour une autopsie. En entendant qu’Eva parle le Kiswahili, il lui a demandé son aide pour un interrogatoire, avant de nous reparler des victimes précédentes, confirmant l’absence de lien apparent. Nous avons parlé de “Scarry-face” le serial killer. Tout a commencé en 1922 avec la découverte, en novembre, d’une première victime, un nègre de Harlem, lui aussi éventré et portant la fameuse marque sur le front. Deuxième victime en avril 1923, Patrick Russel, journaliste blanc de 32 ans, massacré a son domicile sur le même M.O. En juillet 23, autre blanc non identifié d’une quarantaine d’années, éventré, toujours avec une marque sur le front. En novembre 23, nouvelle victime, Tom Evans, un cheminot de 19 ans éventré à son domicile. C’est à ce moment que la presse commence à s’intéresser à l’affaire. Février 1924, nouvelle victime : Angus Mason, avec témoin oculaire cette fois. Un certain John Espender, ayant vu “un homme immense avec un couteau”. Juin 1924, double meurtre, on retrouve le corps d’une négresse et d’un homme blanc mutilés sur les rives de l’Hudson, mais les cadavres demeurent non identifiés car ils furent retrouvés après avoir été abimés par l’eau pendant au moins deux jours. La dernière victime précédent Elias a été retrouvée en octobre 24, Mimi Si Kitalii, un docker Kenyan non Américain. Pour la première fois, des témoins ont affirmé la présence de plusieurs agresseurs. Le symbole a été retrouve mais difficilement reconnaissable car le front était plus mutilé que d’habitude.

Nous quittâmes le commissariat de police après cet entretien, sauf Eva qui resta sur place pour assister à l’interrogatoire du nègre en vie et apporter son soutien linguistique. Les deux vétérans partirent se renseigner chez Prospero Press, pendant que Katherine et moi allâmes à l’université de Columbia se renseigner sur la conférence. Elle a eu lieu la veille, le mercredi 14. Le professeur qui a dirigé cette dernière est toujours sur New York et avec l’assistance de l’administration nous avons pu récupérer son adresse. Il y a eu un article au sujet de la conférence dans le Pillar, mais rien de très informatif. Nous y apprîmes néanmoins qu’elle parlait en détail d’un culte australien aborigène vénérant le “Père de toutes les chauves souris”, parlant de dieux immenses, et d’un conflit entre la chauve souris et le serpent.

Jonah Kensington

Jonah Kensington, le propriétaire de Prospero Press

Chez Prospero, selon ce que Drumond et Lassiter nous ont rapporté, Jonah Kensington (le responsable) était effaré par la mort d’Elias. Il leur a révélé qu’Elias faisait bien des recherches sur l’expédition Carlyle, et semblait avoir trouvé des pistes démontrant qu’ils n’étaient pas tous morts! Il a d’abord reçu un télégramme en août en provenance du Kenya. Une personne aurait vu Jack Brady à Hong Kong et l’aurait dit à Elias. Puis, nouveau télégramme de Hong Kong cette fois, fin Octobre ou début Novembre. Quant au dernier en date il venait de London, en décembre, une note visiblement écrite par un Elias nerveux, paniqué et perturbé, se sentant traqué. Il a laissé encore quelques notes à Jonah en arrivant à New York. Il identifie également Miriam Atwright (?) comme une bibliothécaire de Cambridge, non loin de Boston. Kensington leur sortit enfin une pile de paperasse d’un mètre de haut sur l’enquête d’Elias, mais refusa que ces documents sortent de Prospero Press. Kensington signala qu’il a pris en charge les obsèques qui auront lieu ce dimanche, le 18. Pour Elias, l’expédition Carlyle était la colonne vertébrale d’une “machination affectant la planète entière”. Jonah proposa aux deux vétérans de les embaucher pour découvrir la vérité derrière les recherches d’Elias, et leur demanda de nous transmettre également son offre.

Peu d’autres éléments de notre enquête apparaîtrons cet après midi. L’interrogatoire d’Eva n’a pas été concluant, le meurtrier se refermant dans son mutisme et refusant tout dialogue. Lassiter a pour sa part été rendre visite au journaliste ayant écrit la plupart des articles sur “Scarry Face”.

Nous nous retrouvâmes chez Eva pour le diner et pour mettre nos informations en commun. Dans ses divers écrits, j’ai remarqué qu’Elias parlait de portail, ce qui m’a fait tiquer intérieurement; cela ne correspond pas à son scepticisme habituel, et pour ma part je n’avais jamais partagé un tel savoir avec lui, en dépit de notre amitié je savais bien que certains concepts ésotériques ou savoirs occultes sérieux dont j’avais eu vent n’auraient pas pu intégrer sa vision du monde et auraient pu gâcher notre enrichissante relation professionnelle. Autre information des documents auxquels nous avons eu accès, Carlyle était suivi par un psychanalyste. Il serait intéressant de trouver son dossier médical complet, nous pourrions sans doute y trouver d’autres détails, surtout analysés par l’oeil expert en la matière de ma cousine. Elias en effet également parlé de rêves importants et effroyables, “comparables à ceux de Carlyle”. Les dossiers pourraient nous donner une information sur ces rêves. Visiblement, en arrivant au Kenya, Elias était dubitatif quant à tout lien surnaturel autour de l’expédition, mais sembla s’être laissé convaincre au fur et à mesure de son enquête.

Toujours pendant le dîner, Eva nous dit que les machettes s’appellent des Pranga, ce sont des machettes utilisées dans la brousse sans vraie connotation rituelle. C’est plus un outil pratique d’un objet de dévotion ou symbolique. Le symbole sur le front, lui, en revanche, est une rune provenant d’un culte au Kenya, celui de la “langue sanglante”, le culte sur lequel Elias faisait des recherches, et les assassins présumés de l’expédition Carlyle dans les journaux après l’enquête locale. Le culte avait une source en Egypte mais ils s’en étaient apparemment fait bannir.

Après le repas, Katherine a décidé d’essayer de se renseigner pour aller récupérer les dossiers d’Hudson (le psychanalyste de Carlyle) aux affaires médicales. Elle y a rencontré le secrétaire, Adrian Ferris. Les dossiers ont fait l’objet d’une bataille de procédure pour les récupérer mais ont bel et bien atterri aux affaires médicales. Du coup, elle a pu les consulter (mais, là encore, pas les récupérer). Elle en a tiré qu’Erica Carlyle est dotée d’une personnalité affirmée qui sait ce qu’elle veut, et qu’Hudson considérait ne jamais avoir rencontré de personne dotée de tant de capacités d’adaptation. C’est elle qui lui a envoyé son frère Roger. Son dossier est plus étoffé que le sien : une vingtaine d’entretiens sur une année.

Quand j’ai compilé l’ensemble des documents à notre portée traitant des “délires” d’Elias, les informations qui s’y trouvent n’appellent aucune conclusion évidente, mais pour moi il n’y a qu’un pas a faire pour relier cela avec quelque chose dépassant l’occultisme basique. Le scepticisme d’Elias a été indubitablement ébranlé. Selon moi, s’il s’agit d’une arnaque, elle serait vraiment bien construite, et sur plusieurs pays, ce qui rend la piste d’une mise en scène peu crédible. Même si les faits sont présentés à travers les yeux factuels d’Elias, on touche ici à quelque chose sortant du cadre classique. Lui même parle d’une machination sur plusieurs pays. Il semble y avoir quelque chose d’indicible mais qui existe bel et bien et qui rode derrière ces événements.

Pendant que j’ai le nez dans les liasses d’Elias, les autres ont convenu qu’il sera bon de se renseigner sur Emerson Imports. Il serait également de bon ton d’avoir de quoi se défendre : nous allons visiblement reprendre et poursuivre l’enquête d’Elias et c’est vraisemblablement cela qui a causé sa mort… Il serait bon de savoir s’il y a eu des meurtres similaires à Hong Kong ou à London.

16 janvier 1925

Ce matin, le Pillar a titré sur les tueurs identifiés. Nous nous sommes donné rendez vous à midi dans le restaurant (au mauvais poisson) où je suis en train d’écrire ces lignes. Lassiter s’est renseigné plus tôt sur Emmerson imports et j’ai été acheter un petit calibre avant de me rendre au rendez-vous. Emmerson Imports sont notamment connus pour être en rapport commercial régulier avec le… Kenya. Trop spécifique pour être une coïncidence.

Au restaurant, nous décidâmes d’essayer de téléphoner chez Emmerson Exports directement et de demander de parler à N’Kwane (le nom griffonné sur l’indice nous ayant aiguillé vers eux) pour voir s’il y travaille, et pour brouiller les pistes via Eva pour parler d’antiquités africaines. Changeant visiblement de plan en cours de route et d’appel, elle leur donna un faux nom : “Elvina Drow”. Elle apprit que N’Kwane n’était pas un employé mais un client, et qu’ils ne donneraient des informations à son sujet qu’en personne.

Katherine a appris d’autres choses au sujet de l’expédition. Carlyle a visiblement menacé son psychanalyste de “le dénoncer” s’il refusait de l’accompagner dans son expédition. Il lui a également parlé de rêves aux thèmes égyptiens, de transcendance, et de hiéroglyphes inversés.

Plus nous avançons dans cette affaire, et plus j’ai l’impression de surplomber l’abîme. De nombreux éléments me confortent dans l’idée qu’il y a deux lectures à faire de tous ces éléments, et que la mort de mon sceptique ami est liée à des évènements ou des forces dépassant le cadre habituel de ce genre de crimes. Néanmoins, nous travaillons ensemble depuis moins de quarante-huit heures et je ne sais pas encore comment mes compagnons réagiraient aux théories qui commencent à se mettre en place dans ma tête au vu de mes expériences passées. Je pense qu’ils ne sont pas prêts, et il me manque de toutes façons trop de pièces du puzzle pour l’instant pour réussir à les convaincre.

Le café amélioré a réussi à faire passer le mauvais goût de la daurade. Je vais régler l’addition pour la table, et nous reprenons notre enquête.

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Les ouvrages de Jackson Elias

Les ouvrages d'Elias Jackson

Les ouvrages d’Elias Jackson
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Jackson Elias

Jackson Elias

Portrait de Jackson Elias

Jackson Elias (1886-1925) parle couramment plusieurs langues et voyage sans cesse. Il est sociable et ne refuse pas un petit verre de temps à autre. Il fume la pipe. C’est aussi un coriace, solide et ponctuel, qui n’a pas peur de la bagarre ou des autorités. C’est d’abord un autodidacte et ses travaux de recherche très fouillés semblent s’appuyer sur une expérience de première main. Très secret, il ne parle jamais de ses projets avant d’en avoir terminé la rédaction.

Ses ouvrages décrivent et analysent les cultes de la mort. Son livre le plus célèbre s’intitule Les Fils de la Mort et traite des communautés thugs dans l’Inde moderne. Tous ses livres expliquent comment les cultes exploitent les peurs de leurs adeptes. Elias est un sceptique qui n’a jamais découvert de preuves démontrant l’existence des pouvoirs surnaturels, de la magie ou des dieux ténébreux. Pour lui, les adeptes des cultes de la mort se caractérisent d’abord par leur folie et leur complexe d’infériorité. Ils massacrent des innocents pour se sentir puissants ou élus. Les cultes attirent essentiellement les faibles d’esprit, même si leurs chefs sont généralement très intelligents et manipulateurs. Lorsqu’un culte cesse de terrifier, il disparaît inéluctablement.

Bibliographie :

Des Crânes sur le Fleuve, (Prospero Press, 1910). Traite du culte des chasseurs de têtes du bassin de l’Amazone.

Les Maîtres des Arts Noirs (Prospero Press,1912). Un survol des cultes sorciers à travers l’histoire.

Le Chemin de la Terreur (Prospero Press,1913). Analyse le système de la peur employé par les cultes. Une introduction enthousiaste de Georges Sorel.

Un Cœur Encore Fumant (Prospero Press,1915). La première partie traite des cultes de la mort historiques de la civilisation maya, la seconde décrit certains cultes de la mort existant encore au sein de l’Amérique Centrale actuelle.

Les Fils de la Mort (Prospero Press,1918). La communauté thug moderne. Elias l’a infiltrée pour écrire ce livre.

Les Cultes de Sorcières en Angleterre (Prospero Press,1920). Les cercles de sorcières de neuf comtés anglais et des interviews de sorcières anglaises modernes. Rebecca West a jugé qu’une partie de la documentation était insignifiante et abusivement exploitée.

Le Pouvoir Noir (Prospero Press,1921). Suite du Chemin de la Terreur, on y trouve les interviews anonymes de plusieurs chefs de cultes.

Tous ces ouvrages sont publiés par Prospero Press à New York — éditeur, Jonah Kensigton…

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Mickey Mahoney

Portrait de Mickey Mahoney

Portrait de Mickey Mahoney

Journaliste (1882-), propriétaire du Scoop situé sur Fleet Street, près du Ludgate Circus.

Mahoney est un rouquin coriace qui ne se dépare jamais de son cynisme et de son cigare. Propriétaire du Scoop, un tabloïd spécialisé dans les scandales et les meurtres sordides, Mahoney n’est pas homme à s’émouvoir pour un rien. C’est une connaissance de longue date de Jonah Kensigton, et Jackson Elias est passé chez lui pour étudier ses archives.

Fleet Street

Fleet Street

 

 

 

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James Barrington

Portrait de James Barrington

Portrait de James Barrington

Inspecteur Chef à la criminelle de New Scotland Yard (1870-)

Le front haut et le nez en avant, l’inspecteur Barrington est un homme méthodique engoncé dans des costumes chics à rayures verticales et portant toujours couvre-chef et montre à gousset. Ce fin limier est obsédé par l’affaire des meurtres égyptiens, surtout parce que son prédécesseur à disparu sans laisser de traces il y a bientôt un an, et qu’il semble bien que cette disparition soit liée à l’enquête.

Barrington connait personnellement Jonah Kensigton. Jackson Elias est passé le voir pour l’aider dans son enquête, orientant les investigations vers une mystérieuse secte, la fraternité du pharaon noir.

Il fait appel dans le cadre de cette enquête à un indic, sorte de chef de la communauté Egyptienne: Tewfiq Al-Sayed. La fondation Penhew a également été mise à contribution pour creuser l’histoire de la fraternité, mais sans succès.

New Scotland Yard

New Scotland Yard

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Jonah Kensington

Jonah Kensington

Portrait de Jonah Kensington

Directeur et propriétaire des éditions Prospero Press

Jonah Kensington est certainement l’un des meilleurs amis de feu Jackson Elias. C’est un homme réfléchi d’une cinquantaine d’années environ, de taille moyenne, aux cheveux et à la barbe rousse grisonnante. Il est souvent vêtu d’une chemise aux manches retoussées sous un gilet d’un costume trois pièces de belle coupe. Sa maison d’édition située sur Lexington Avenue ne publie que des livres traitant d’occultisme, notamment ceux d’Elias. Bien qu’il se passionne naturellement pour ces sujets, Jonah Kensington n’en reste pas moins un homme ayant la tête sur les épaules, doté d’un esprit critqiue aiguisé. Malgré sa voix de stentor, c’est également un homme de coeur et chaleureux.…

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