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Archives de l'Auteur: desenquisse

La traversée de l’Atlantique

Je viens de croiser le capitaine du navire, qui m’assure que nous toucherons terre demain. Nous sommes aujourd’hui le jeudi 12 février. London nous attend, et j’espère qu’à travers les brumes verdâtres du smog britannique, nous trouverons quelques clés de notre quête pour élucider la mort d’Elias. Je ne sais pas si cela est dû au tangage et au roulis du navire, mais j’ai fait un cauchemar cette nuit, poursuivi en rêve par Silas N’Kwane… Les autres aussi ont rêvé de lui durant la traversée. Je pense que nous avons tous été marqués par les évènements de la boutique Juju, et que même ceux qui ont évité de trop graves blessures physiques garderont des cicatrices psychologiques de cette rencontre. Il faudrait peut être que j’en parle avec ma cousine, c’est son métier après tout… Mais reprenons un peu ce qui s’est passé depuis…

Mercredi 21 janvier 1925, suite

Des engins de chantier sont venus dégager le décombres de la boutique Juju. La police a visiblement trouvé un grand nombre de corps dans la cave, mais n’ont pas réussi à mettre la main sur N’Kwane, ni sur l’homme étrange aux mains de lion, ni sur les deux blancs qui se trouvaient dans l’assistance. De toutes façons, je me suis vite rendu compte qu’il restait moins de cadavre qu’il n’y avait d’hommes en présence la veille. Le puits révélé dans la salle de rituel s’ouvrait apparemment sur une galerie, bloquée un peu plus loin par un éboulement. D’une commune déduction avec les forces de polices, nous nous accordâmes à penser que cet éboulement était tout sauf naturel, probablement créé par N’kwane ou ses sbires pour masquer leur fuite et couper court à toutes poursuites. Des agents de polices furent affectés à notre sécurité par la police de New York, pour prévenir toute tentative de vengeance. A l’hôpital, les docteurs me confièrent que mes compagnons blessés auraient tous besoin de deux à trois semaines de convalescence, dont au moins une semaine entière sur place à l’hôpital pour pouvoir réagir rapidement à d’éventuelles complications.

Samedi 24 janvier 1925

J’ai continué mes recherches et mes études des livres depuis. Rien de particulier ce jour, si ce n’est la présence d’une éclipse totale de soleil obscurcissant pour un temps le ciel de New York. Je sais que ces évènements sont naturels, mais je ne pus m’empêcher d’y voir un quelconque signe funeste, comme un avertissement, une épée de Damoclès sur nos épaules.

Mardi 27 janvier 1925

Nous fûmes tous convoqués au commissariat par Poole, pour faire un nouveau point avec un peu de recul, et nous confier d’autres détails de leur enquête. Dans les profondeurs du sous sol, les policiers trouvèrent une petite piece (de deux mètres sur deux environ) où ils trouvèrent les cadavres de deux fanatiques avec quelques affaires sous eux. Entre autres, le fameux ouvrage des sectes secrètes d’Afrique avec le tampon de l’université Miskatonic, avec deux courriers glissés dedans, un bol en cuivre, un serre-tête de métal gris, un sceptre sculpté, et un masque représentant un singe à cornes. Poole nous laissa consulter ces pièces. Il y a des écritures liées au mythe des anciens dieux sur le serre-tête. Drummond fit un lien entre tout cela et Nodens (reprenant une information qu’il avait lu récemment, il s’agit visiblement de l’une des seules créatures du mythe n’en voulant pas à l’humanité… Le serre-tête serait-il donc un talisman de protection ?). Le sceptre africain est taillé dans du baobab, et quelques hiéroglyphes y sont gravés. C’est un “sceptre de pouvoir” datant de l’Egypte ancienne, faisant référence à Nyambe, un dieu suprême égyptien et africain. Il s’agit clairement d’un objet de pouvoir, mais il n’est pas directement lié au mythe. Lorsque je le tiens, je ressens un sentiment de puissance indéniable. Le bâton réagit à mon contact, et je sentis immédiatement que je pouvais, en cas de besoin, puiser dans la force de ce sceptre pour alimenter mes rituels, plutôt que de puiser dans ma propre essence. En ce qui concerne le bol de cuivre, il était gravé de runes et symboles suggérant qu’il s’agit d’un composant pour un rituel magique inconnu. Au poids, je pense que ce n’est pas du cuivre. Enfin, le masque est un masque de démon africain (ce que me confirma immédiatement Eva, qui pense qu’il ne vient pas du Kenya mais du Congo) taillé dans du bois étrange. Nous avons frôlé la catastrophe au moment où Drumond, comme hypnotisé, s’apprêta clairement à le revêtir, mais je pus lui retirer le masque des mains avant tout contact. Plus tard, Eva nous montrerait un livre contenant une illustration fidèle du masque, et présentant ce dernier comme le masque de Hayama, détenu par les grands sorciers des tribus congolaises.

Mercredi 28 janvier 1925

Eva réussit à convaincre Miss Carlyle de pouvoir installer chez elle des aménagements pour faciliter l’accès des convalescents à sa bibliothèque. Elle consentit également nous prêter si nous étions amenés à partir, ce qui étaient en effet de plus en plus probable à mesure que les jours avançaient sans manifestation aucune d’une quelconque expédition punitive menée par N’Kwane et ses hommes. Carlyle nous fait visiblement confiance et veut comprendre ce qui est vraiment arrivé à son frère. J’espère juste que nos voyages ne nous amènerons pas à perdre ces ouvrages, ou à se les faire voler. Je me moque bien de l’investissement potentiel de la famille Carlyle dans ces livres, mais ils pourraient s’avérer extrêmement dangereux entre de mauvaises mains.

Jeudi 29 janvier 1925

Nouvelle convocation chez le lieutement Poole pour un debrief. Après avoir retiré les décombres de la boutique Juju, ils ont découvert un second éboulement un peu plus loin. Il n’y a donc plus aucun doute que cette démarche était délibérée, pour  masquer leur fuite. Il pense toujours que nos vies sont en danger. Il consent néanmoins à nous remettre tous les objets découverts (le sceptre, le bol, le livre, le serre-tête et le masque) en échange d’une décharge. Lassiter se chargera de lire rapidement le livre dès notre retour à l’hôtel. Il est écrit en anglais, mais le style et les tournures sont selon lui d’un amateurisme crasse. Il comprit néanmoins que le livre est une sorte de mode d’emploi visant à apprendre au lecteur a utiliser un cadavre pour le réanimer sous la forme d’un zombie, nul doute comme les créatures humanoïdes qui s’en prirent à nous durant notre aventure sous la boutique de N’kwane. Eva étudia le serre-tête à l’aide de ses ouvrages d’archéologie et l’identifia comme un talisman de protection contre les “maigres bêtes de la nuit” des créatures dont la description correspond tout à fait à celle de N’kwane (serpentiforme, griffue, ailes de chauve souris…). Selon Drumond et moi, cela pourrait aussi être ce que l’on nomme des “horreurs chasseresses”. Drumond semble visiblement prendre ses lectures au sérieux et sans trop les remettre en question.

J’ai profité de notre rassemblement chez Eva pour parler un peu aux autres de mon veritable passé, et de la portée de l’histoire invisible et des secrets que l’homme n’est pas censé savoir. J’explique aussi la nature et l’intérêt du bâton à mes compagnons, qui consentent par pragmatisme à ce que je le conserve. Selon Katherine, le symbole gravé sur les victimes de la secte à laquelle est liée N-kwane est un symbole sacrificiel visant à empêcher de faire parler la personne… Et si l’on en croit la légende de ce symbole, cette interdiction est valable aussi pour leur âme, même après la mort: l’esprit est sacrifié et condamné, puis envoyé chez quelqu’un, ou quelque chose, offert à une entité supérieure. Nous comprîmes alors que c’était probablement le cas aussi pour l’âme de notre ami Elias. La fin de soirée se fit dans un silence grave, mis face au destin funeste probable de celui qui était notre ami. Si nous devons croire les légendes, même dans la mort il n’a pas trouvé le repos…

Jeudi 5 février 1925

Une semaine plus tard, nous discutâmes des suites à donner à l’affaire, et sur ce que nous pouvions faire. Dans ce genre de situation, j’explique qu’il est toujours plus sage de s’attaquer à la dimension humaine du problème, avant que des personnes aux intentions funestes n’attirent l’attention de creatures trop horribles et incontrôlables, et face auxquelles nous serions impuissants. Nous nous accordâmes qu’on nous ne pouvions plus faire grand chose vis à vis de N’Kwane sur place, et que notre prochaine étape logique était London. Cela fait si longtemps que je n’ai pas vu l’Angleterre… Renseignement pris, nous réservâmes un départ en bateau pour London le lundi 9, dans quatre jours, pour une traversée d’une petite semaine (5 jours en cas de mer clémente) sur la Cunhard. Il fut décidé qu’Eva et moi-même ferions au préalable un voyage à Arkham (afin de rendre le livre à la bibliothèque Miskatonic) avec un crochet dans ma propriété de Boston afin d’y récupérer quelques affaires avant de partir.

Vendredi 6 février 1925

Arrivés à la bibliothèque Miskatonic avec Eva, nous purent aisément y rencontrer Myriam Atwright. Nous lui confiâmes le livre en lui expliquant un peu quel en était sa portée, afin qu’il ne soit plus laissé sans surveillance ou à la portée de tous. Elle nous dirigea vers la bibliothèque Orne, dans la section des livres règlementés. Elle nous présenta au maître de la bibliothèque, un individu bon-enfant, rondouillard, avec une barbe grisonnante et air sympathique : le Docteur Henri Armitage (directeur de la bibliothèque depuis 1906, cet homme a été régulièrement en connection avec ma loge, je le connais de réputation et le considère comme quelqu’un de compétent). Nous lui expliquâmes que nous pensions que ce livre a indéniablement sa place dans la section restreinte de la bibliothèque, pendant que je m’arrangeais discrètement pour qu’il remarque mon anneau marqué du sceau de ma loge pour qu’il sache que ce n’étaient pas des paroles en l’air. Il nous remercia alors vivement en prenant à coeur d’écouter nos conseils, et en nous affirmant que nous serions toujours les bienvenus dans la bibliothèque. Eva Parker lui demanda alors d’un air candide et sans détours s’il possédait des livres expliquant comment tuer des horreurs chasseresses. Visiblement choqué par tant d’aplomb et si peu de discrétion sur un sujet sensible, il lui répondit alors avec ironie et cynisme, balayant ces “légendes”, mais en partageant néanmoins discrètement une  information cruciale affirmant que le soleil, ou toute lumière violente, serait hypothétiquement particulièrement efficace. Nous prîmes congés et nous mîmes en route vers ma demeure à Boston, où nous passâmes la nuit pendant que mes gens préparèrent les affaires dont j’aurai besoin pour cette longue traversée.

De retour à New York, je continuai mon étude du livre d’Ivon en attendant l’embarquement du lundi, qui s’est déroulé sans encombre, comme la traversée elle même, si nous excluons les cauchemars dont j’ai parlé plus haut qui nous ont tous affectés, et tout particulièrement Lassiter dont la quiétude fut rompue par sa certitude d’avoir entendu des bruits dans sa chambre la veille. Demain, London. J’en profiterai pour rendre visite à mon vieil ami et mentor, j’espère que sa sagesse pourra nous aider à démêler certains des mystères de cette affaire sordide……

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La créature de Silas N’Kwane

J’écris ces lignes au chevet de ma cousine, dans une chambre d’hôpital. Les évènements se sont enchaînés en cascade et il est temps pour moi de mettre mon journal à jour. Ce début de semaine aura été rude pour tout notre petit groupe, mais je pense surtout aux autres, qui ont été sans doute pour la première fois face à une preuve tangible, indéniable, et terriblement dangereuse des terreurs tapies dans l’ombre de l’histoire de l’humanité. J’espère que leurs esprits seront assez solides pour tenir… Mais prenons les choses dans le bon ordre.

Dimanche 18 janvier 1925

Nous nous retrouvâmes tous à 10h pour l’enterrement d’Elias. Un office laïc mais très émouvant, financé par Prospero Press. Kensington avait visiblement une relation forte avec Elias car il y a beaucoup de moyens mis en oeuvre. Étonnamment beaucoup de gens du gotha de New York se trouvent dans l’assistance (le chef de la police, divers journaux…).

La foule se dissipa à la fin de la cérémonie. Kensington se dirigea vers Drumond et nous. Il nous reparla de sa proposition de poursuivre l’enquête d’Elias. Je lui demandai s’il cherche à savoir le fin mot pour lui même ou pour avoir une histoire à vendre. Il m’assura que ce n’était en aucun cas voué à être publié. Il a lui même lu les écrits d’Elias qu’il nous a fourni, et confirma qu’il en fallait beaucoup pour secouer Elias, ce qui a piqué son intérêt et sa méfiance à la fois.

Pour Kensington, l’expérience a prouvé qu’Elias ne se trompait jamais, et il veut comprendre, et éventuellement combattre une machination si cette piste s’avérait vraie, et transmettre ensuite l’affaire aux autorités compétentes… s’il y en a. Nous acceptâmes de travailler pour lui. Dans le cas d’un départ à l’étranger pour suivre les pistes d’Elias, il nous dit qu’à London il connait quelqu’un à Scotland Yard et quelqu’un au Scoop (journal local). Il prit ensuite congé.

Nous discutâmes des suites a donner à la piste N’Kwane. Se planquer et le suivre a la sortie le lendemain ? Drumond suggéra meme de s’introduire “par inadvertance” dans sa boutique. Nous eûmes du mal à s’accorder sur la meilleure démarche à suivre. Le dimanche, quand la boutique est fermée ? De nuit ? Le lendemain lundi à la fermeture, voir où il va ?

Dans le doute nous ne fîmes rien de la journée mais nous allâmes etudier les livres chez Carlyle. Drumond lut LaVie d’un Dieu (parlant d’abominations commises au nom du “pharaon noir”, Nyalathothep, ayant un temple en Egypte dans la pyramide inclinée de Dashur). Je commençai le livre d’Ivon. C’est illustré avec une image mi-salamandre mi-serpent mais dressé avec deux bras, c’est assez surprenant. Je suis convaincu que l’illustration a bougé et m’a regardé. Le livre fait référence à la magie du sorcier Eibon. Ça me semble plus un livre technique (rempli de sortilèges pouvant être mis en pratique) qu’un livre lié aux choix de chemin de l’expédition (contrairement à la Vie d’un Dieu qui parlait visiblement de l’Egypte). Eva lut le Peuple du Monolithe, c’est un recueil de poésies sur ce que l’auteur nomme “le peuple des enfers”. Katherine commença les énormes Manuscrits Pnakotiques. Katherine sentit une difficulté reelle à arrêter sa lecture, le livre est très addictif, un phénomène hypnotique. Le livre sous-entend qu’il est possible de contacter et de dialoguer avec d’autres créatures venues d’ailleurs. A ne pas lire seul, donc. Je commençai alors a me dire qu’il n’est pas une bonne idée de laisser Erica vendre ces livres à n’importe qui et n’importe comment. Il faut que je vérifie si j’ai les moyens de les acheter, mais sinon il faudra faire un achat commun avaec ma loge de manière à ne pas laisser cela tomber aux mains du grand public ou d’un John Scott.

Lassiter profita de notre studieuse journée pour aller voir Marie Lenoir.

Lundi 19 janvier 1925

Lassiter chercha parmi ses contacts s’il avait un détective sur Harlem. Il en trouva un, un blanc, mais qui connait le quartier, et qui avait parmi ses contact un black travaillant avec lui. Il lui demanda de chercher des infos sur Anastacia M’weru (la négresse de Carlyle), et de filer Silas N’kwane.

Eva m’appela tôt le matin, décidée à se rendre à la police pour tirer les vers du nez du nègre en lui parlant de Silas, et nous nous donnâmes rendez vous à midi chez elle. Lassiter la rejoignit sur place. Le negre a visiblement réagi au nom de N’Kwane. Il leur dit qu’ils finiront dans la bouche du Chakota. Notablement, il demandera à Lassiter, d’un air complètement rigide, s’il avait déjà revendu la gourde, prouvant qu’il y avait un passage d’information effectif entre N’Kwane et lui au sein de la prison… Et surtout, selon moi, au vu de l’air rigide, que Silas l’a probablement possédé.

Au déjeuner chez Eva, nous discutâmes de quoi faire de Silas et de son homme. Parmi nos suggestions, l’hypnose, mais il ne semble pas qu’il puisse être réceptif. Nous essayâmes de trouver des idées pour prouver la culpabilité de Silas N’Kwane aux yeux des autorités.

Je suis passé en coup de vent chez Cowles en début d’après midi pour voir s’il avait entendu parler d’Errington et de son livre. La réponse fut “oui”, et il s’est d’ailleurs demandé si ce culte était lié à celui qu’il étudie. Il repartit ensuite sur sa théorie du complot international, et des choses à ne pas prendre à la legere. Il me parla notamment de tribus capables de dialoguer à travers leurs rêves à l’autre bout du monde. Je rejoignit ensuite ma cousine Katherine chez Carlyle (avec une heure de retard, Cowles s’étant montré insistant sur la quantité d’informations à me transmettre) mais elle en avait profité pour se renseigner auprès d’Erica sur la source originale des livres. La soeur de Carlyle n’en a aucune idée, surtout au vu de leur valeur. Nous continuâmes alors notre étude des livres. Eva se renseigna pendant se temps dans une bibliothèque sur le Chakota.

Mardi 20 janvier 1925

Le matin, chez Eva, lorsque Lassiter nous rapporta avoir trouvé un poulet décapité cloué sur sa porte, j’aurais dû me douter que cette journée allait mal se terminer. Il appela la police et fit une déposition. Du coup, nous allâmes voir Poole pour l’aiguiller vers N’Kwane. Katherine réussit à le convaincre de faire une descente en notre compagnie sur la boutique du nègre. Le détective privé de Lassiter le recontacta en fin de matinée pour lui dire qu’il lâchait l’affaire, que trop de monde était impliqué (30 ou 40 personnes faisant “des trucs” la nuit). Il nous dit que ce groupe a main basse sur le quartier et qu’il règne un genre de loi du silence.

Nous prévînmes Poole de ces nouvelles informations. Au bout de quelques temps un officier vint nous prevenir que Poole nous attendrait à 18h au commisariat. Avant d’y aller, Lassiter nous dit qu’il s’est senti observé plusieurs fois dans la journée.

Au commisariat, Poole nous dit qu’il a rencontré des blocages au niveau de ses supérieurs lorsqu’il a proposé une descente sur un potentiel Speakeasy d’Harlem (sont ils corrompus ?) du coup il aura peu de soutien et d’hommes, et il “ne la sent pas”. Si seulement nous l’avions écouté… Mais d’un autre côté, dans ce cas, la menace règnerait toujours sur Harlem, New York, et le monde. Nous tentâmes de trouver un moyen de contourner le blocage (demander à Erica de faire pression sur le chef de la police). Nous expliquâmes à Poole que nous sentions ces hommes liés à la mort d’Elias.Poole nous dit que soit nous pouvions y aller de jour sans gros risque, si ce n’est celui de rien trouver, soit de nuit avec une équipe limitée (triée sur le volet pour éviter toute fuite en cas de corruption effective de ses supérieurs), mais ce serait plus dangereux.

Vu que la “proie” était visiblement au courant de nous soupçons, nous nous accordâmes pour y aller le soir en dépit du danger. Eva impressionna un Poole initialement dubitatif avec sa collection d’armes militaires. Poole nous donna rendez vous à 1h du matin dans un entrepôt. Eva contacta Corey (le garde du corps de la soeur Carlyle) par telephone pour voir s’il eut pu dépêcher d’autres renforts pour notre expédition, mais elle raccrocha bredouille. En revanche, Drumond réussit à convaincre un camarade vétéran, Thomas Motley, de nous accompagner.

Nous nous retrouvâmes à 1h à l’entrepôt avec Poole et 3 de ses hommes. Nous fûmes plusieurs à remarquer être surveillés chez nous mais nous semâmes les petits curieux avant d’aller au rendez-vous. Sur place nous vîmes deux hommes faisant le guet de manière discrète. Je prévint mes camarades que “j’avais prévu quelque chose du genre” et que j’allais faire un peu de prestidigitation pour débloquer la situation… Me rendant un peu à l’écart, je me mis à psalmodier une formule et de la fumée se mit à sortir de ma bouche, s’élevant, puis disparaissant d’un coup. Un brouillard dense se leva alors, localisé autour des deux guetteurs… Sans demander leurs reste, les policiers se mirent en action et assommèrent les guetteurs. Il était 2h lorsque nous fûmes prêts devant la porte de la boutique Juju. Drumond ouvrit la porte… en faisant sonner le carillon… Disons pour la postérité qu’il était probablement rongé par le stress.

Personne ne vint néanmoins répondre au grabuge. De nuit, la boutique était lugubre. Nous avançâmes à la lumière de nos lampes-torche. Nous ne trouvâmes aucune porte mais il y avait une trappe ouverte derrière le comptoir. Nous entendîmes des chants africains et des tambours. Une dizaine de tambours. Un escalier de pierre s’enfonçant sous terre, eclairé par des torches. Au bout de 6 mètres, nous arrivâmes sur un couloir assez long donnant sur une porte de métal renforcée avec des symboles bizarres africains (Eva relia les symboles aux kikouyous) et je reconnus des symboles occultes liés au Mal.

En regardant par la serrure nous vîmes une cérémonie en train d’avoir lieu avec une trentaine de personnes à moitié nues avec une coiffe hideuse ornée d’un tentacule (ou d’une langue ?) sur le front, coordonnées par un grand nègre vêtu d’une robe à plume et de griffes de lion fixées aux mains. Certains des hommes avaient des pranga, mais ils étaient complètement concentrés dans leur rite, nombre d’entre eux presque en transe. Deux personnes étaient attachées mains liées au bord d’un trou (deux blancs à l’air terrorisé). N’kwane était aussi présent au sein de la troupe.

Les policiers ouvrirent la porte en grand et firent retentir un coup de fusil de sommation. L’assemblée se mit à hurler, les policiers sommant tout le monde de ne plus bouger. La situation était très tendue. Le chef ritualiste nous promit alors une mort douloureuse, ordonnant à ses hommes de nous amener à lui. Avec horreur, nous aperçûmes quatre hommes (trois blancs et un nègre) avec les intestins pendant, les yeux vitreux, et le même symbole qu’Elias gravé sur le front. En d’autres termes : des zombies. Drummond sembla mal accuser le coup et se mit à paniquer. Aucun des nègres, en revanche ne sembla choqué de la présence des non-morts.

Nos balles restèrent sans effet sur les zombies. Lassiter tira sur N’Kwane. Les zombies s’approchèrent avec des matraques à pointes. L’un des policiers en frappa un à la tète et cela sembla nettement ralentir le zombie. Du coup nous nous mîmes tous à viser les têtes et ils finirent par tomber. Le chef ordonna à son culte de nous charger et les 30 hommes se ruèrent vers nous. L’un des policiers s’écroula, et Poole nous dit de reculer dans les escaliers. Un autre policier tomba à terre, nous abattîmes de nombreux belligérants mais ils semblaient se moquer de leur vie et continuaient à avancer. Un troisième policier tomba. Le dernier. Nous réussîmes à sortir, à fermer la trappe, et des heurts violents commencèrent à faire écho de l’autre côté de notre barrière de fortune.

Poole et Drumond sont allés chercher des munitions et des fusils dans la camionette. L’ami de Drumond amena même un bâton de dynamite. Mais avant même de l’allumer, la trappe explosa et… Difficile de pouvoir nommer efficacement la chose qui s’éleva entre les débris de la trappe. Une créature serpentiforme aux ailes noires. Elle ne correspond à aucune créature sur lesquelles j’ai déjà fait des recherches, mais il est évident que la chose était liée au Mythe. L’ami de Drumond lâcha la dynamite en proie à la panique avant de se faire éventrer par la bête. Drumond jetta la torche dessus pour l’allumer mais son lancer n’était pas assez précis, la torche s’écrasa à plus d’un mètre du bâton de dynamite… Du coup, sans voir d’autre option devant nous et sous le coup de l’adrénaline, je me mis à psalmodier en faisant fi des apparences et de toute discrétion. La torche répondit à mes ordres et se dirigea d’elle même sur le bâton de dynamite. Drumond et moi plongeâmes alors derrière le comptoir, mais les autres ne furent pas assez rapides et furent violemment secoués par l’explosion. Poole, Drumond et moi tirâmes les trois autres hors de la boutique. Poole appella une ambulance depuis une cabine publique. L’ambulance embarqua les trois blessés grave pendant que nous fîmes le guet a trois devant la boutique en attendant les renforts de police. Ces derniers sont arrivés au bout d’une heure et demie, et rien de vivant, humain ou non, ne sortit des décombres de la boutique Juju…

Mercredi 21 janvier 1925

Au petit matin, je me rendit à l’hôpital pour prendre des nouvelles de mes compagnons. Leurs jours ne sont pas en danger, mais ils auront besoin d’une longue convalescence. Et je devine que quand ils seront plus en forme, une grande et sérieuse discussion nous attends. Il est évident que tous ne sont pas prêt à entendre tout ce que j’ai à dire. Mais le sort a fait qu’à ce jour… il n’y a plus le choix.…

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Les sombres ouvrages de Roger Carlyle

Presque quatre heures du matin au moment où j’écris ces lignes, mais le sommeil ne vient pas. Qui aurait pu imaginer que la lettre anodine de mon ami Elias serait le premier engrenage d’une vaste machination vouée à nous emmener, mes amis et moi, au bord de l’abîme ? Qui aurait pu sérieusement se douter que la bibliothèque des Carlyle renfermerait de si sombres secrets, me ramenant aux heures sombres de mon expérience sur le front de la Grande Guerre ? Qui pourrait réussir à dormir dans de telles conditions, et prétendre ne pas avoir l’esprit dérangé de ces révélations ? John Scott peut être ? Mais certainement pas moi.

Samedi 17 janvier 1925, suite

Au repas de midi, Eva nous a conseillé d’aller à la boutique Juju tous ensemble, et de se diviser sur place avec quelqu’un faisant le guet dans la voiture. Lassiter et moi même contrâmes qu’ils ne nous attaqueraient probablement pas en plein jour, même s’ils avaient effectivement quelque chose à se reprocher, mais qu’il pourrait en effet être opportun de voir si notre présence sur place créait des remous extérieurs.  Nous parlâmes aussi des victimes précédentes, Eva semblant convaincue que certaines n’ont rien à voir avec l’affaire et ont été abattues par des dopplegangers, ce qui est en effet possible. Mais quand bien même, quel intérêt ? Pour ma part, je ne cherche pas à être un justicier où à résoudre des crimes vieux de plusieurs années, tout ce qui m’importe est d’honorer mon défunt ami et de comprendre pourquoi il a été assassiné.

Silas N'Kwane, nègre rieur qui en sait plus que ce qu'il n'y parait

Silas N’Kwane, nègre rieur qui en sait plus que ce qu’il n’y parait

Nous reprîmes la voiture de Drumond pour aller à Harlem. Il faisait gris et il neigeait. Il y avait plein de pauvres, en groupes, agglomérés sous des couvertures autour d’un feu de fortune allumé dans un baril. Les appartements et petites maisons de ce quartier sont en état déplorable. Il n’y avait quasiment que des noirs dans la rue et aux fenêtres. La boutique est située sur la 137eme, au niveau de Lennox Avenue. Elle est dans une arrière cour donc nous aurions eu du mal à voir la devanture sans s’y engager. Drumond resta dans la voiture avec Katherine. Il y avait un vent glacial dehors. En cherchant à localiser l’adresse précise (1, Ransom Court) nous arrivâmes sur une petite cour de 6 mètres sur 6. Dans la vitrine, plusieurs objets d’art africain. L’intérieur ressemblait à un bric à brac de bibelots africains, instruments de musiques, objets d’art, animaux empaillés, masques en bois, mais le tout entassé dans 30m2 tout au plus. Un bruit surprenant, grave et prolongé, retentit alors, puis un rire faisant suite à notre prévisible sursaut. Nous vîmes un nègre âgé à lunettes, avec un air sympathique. Au premier coup d’oeil dans sa boutique, apparemment je n’ai rien vu de lié au mythe ou à un quelconque dessein occulte. Je reconnus en revanche l’instrument comme étant un didgeridoo, instrument des aborigènes Australiens. L’homme, Silas N’kwane, nous salua, et Eva lui répondit de but en blanc en Swahili. Le visage du black s’illumina et ils se mirent à papoter. Ils repassèrent en américain au bout d’un petit temps (par regain de politesse, sans doute) et Eva lui demanda alors s’il avait des pranga. Certes, c’est direct, mais dans le cas d’une probable culpabilité, comment mieux lui révéler nos réelles intentions et notre statut de fouille-merde ? Décidément, je ne comprendrai jamais rien à la vision des femmes de la politique, le 19ème amendement est joli sur le principe, mais en pratique, avec un tel raisonnement, s’il se généralise le pays cours à la ruine. Il ne faut pas s’étonner que ce genre de mesure ait été prise sous une présidence Démocrate. Au moins le président actuel parle peu, mais agit intelligemment. Mais je m’éloigne du sujet.

Eva et Lassiter avoueront plus tard avoir vu une lueur étrange dans le regard de N’kwane à ce moment là, mais j’étais pour ma part fasciné par la dentition d’un guépard empaillé. Je cherchais également à trouver quelque chose lié au symbole sur le front des victimes mais je ne trouvais rien de ressemblant. Il y avait quelques petits fétiches vaudous, mais visiblement purement décoratifs. Eva lui parla alors de Jackson Elias. Il esquiva et changea de sujet. J’ai acheté un masque de Witch Doctor avec des plumes pour utiliser dans un spectacle, après avoir demande conseil a Eva pour le prix, tout dans la boutique de N’kwane étant à la tête du client et l’humeur du vendeur. Nous nous accordâmes sur 50 dollars. Lassiter négocia quant à lui pour une petite gourde, visiblement en vue d’ouvrir une revente en gros a l’un de ses contacts.

Nous retournâmes à la voiture et nous la poussâmes un peu pour qu’elle redémarre, grippée par le froid, en vue d’un retour vers la partie civilisée de New York. Lassiter et Eva sont convaincus qu’il est lié a toute cette affaire et pire encore : qu’il nous a reconnu (en même temps, à parler d’Elias et de pranga, la seule manière de ne pas nous reconnaitre eut été d’être totalement innocent). Le vieux nègre avait une clef assez inhabituelle et ouvragée autour du cou. Soit c’est un symbole, soit c’est pour ouvrir quelque chose de précis, mais je n’ai pas vu de coffre apparent dans le petit magasin. Peut être un coffre dans l’arrière boutique ? Ou la clef de la réserve ? De toutes façons, à moins de l’assommer et de lui voler son bien, nous ne saurons probablement jamais à quelle serrure elle est liée, ni même si cela a un quelconque rapport avec notre affaire.

Il est 16h lorsque nous arrivâmes au centre, et vu que le gala était prévu pour 18h il était temps de se preparer, tant pis pour Cowles (et pour Eva qui voulait retourner au poste ).

Cette fois nous utilisâmes la voiture d’Eva pour se rendre au gala, cela fit sans doute meilleur genre que le tacot rafistolé de Drumon. Nous arrivâmes à la residence des Carlyle, dans le Westchester. Tout était illumné, il y avait même deux gardes armés, des chiens de garde et des vigiles, la sécurité était très présente. Nous entrâmes dans un hall, spendeur et excès. Lustres, tableaux, oeuvres d’art. Le gotha de New York était present (police, politique, hopitaux, et même le père de Katherine). Drumond et Lassiter faisaient un peu comme un cheveu sur la soupe. Un général, en revanche, reconnut Lassiter et vint le saluer.

Erica Carlyle était toujours accompagnée de deux hommes, l’un de grosse carrure laissant suggérer un garde du corps, portant un colt visible dans un holster, le second plus âgé, armé uniquement d’un porte-documents. Katherine et moi reconnûmes Bradley Grey, cousin distant, associé d’un cabinet d’avocat (Dustan, Whittleby & Grey). J’apprendrai plus tard que le garde du corps se nomme Joe Corey, ancien homme de main d’un caïd de la pègre. Nous nous fîmes prendre en photo en mettant l’enveloppe de notre don dans la tirelire vouée aux oeuvres de charité.

Dans son discours d’introduction, il était clair qu’Erica à la carure du poste qu’elle occupe, c’est un leader né qui pourrait bouger des montagnes en dépit de son sexe. Victoria s’approcha d’Eva, nous les rejoignîmes et elle nous présenta. Nous discutâmes, et elle nous dit qu’Erica aurait sans doute plus de temps pour nous en fin de soirée une fois que tous les discours et présentations seraient passés. C’est en fin de soiree que Victoria est allé la chercher en lui glissant quelques mots en privé. Erica sembla d’abord agacée de ces mots, puis elle nous chercha des yeux pour nous jauger.

Erica Carlyle, charismatique et efficace

Erica Carlyle, charismatique et efficace

À peu près une heure plus tard (le gala a levé $832,463) Bradley Grey s’approcha de nous et nous signala qu’Erica était prête à nous recevoir. Nous le suivîmes, dans un escalier et dans une ancienne bibliotheque victorienne au mobilier splendide avec une cheminée (dans une bibliothèque ? hérésie !) et une table de billard. Erica était en train de terminer d’écrire quelque chose sur son secrétaire. Avec Corey à proximité,  en train de savourer un cigare. Nous lui exposâmes les faits, mes mots semblant la toucher, elle se retourna vers un coffre et sortit une bouteille de bourbon, se servant un verre et nous en proposant. Nous nous assîmes tous. Elle congédia Bradley en lui demandant d’annuler ses autres entretiens, et demanda a Corey de sortir veiller à ce que nous ne soyons pas derangés. Elle nous dit qu’elle etait convaincue que l’expédition n’était pas une lubie de son frere, qu’il etait fasciné par quelque chose, et par une négresse nommée M’weru. Il n’avait d’yeux que pour elle. Pour Eva, c’est la source de tous les maux, il a commencé a faire des rêves et des cauchemars quand elle est entrée dans sa vie.

Elle pense qu’Hudson a poussé Carlyle à monter l’expedition pour poursuivre ses chimères et prouver qu’elles n’avaient pas de fondement, mais que le véritable cerveau etait la négresse. Carlyle allait même jusqu’à Harlem. Il l’appelait reine, prêtresse. Elle nous dit qu’en effet avant son depart Roger lisait toujours les memes livres. Elle les a toujours dans sa bibliothèque. Nous avons visiblement éveillé sa curiosité. Elle se rendit au fond de la bibliothèque, révéla une cache secrète derriere un pan de mur dissimulant un énorme coffre. Elle en tira quatre ouvrages, trois tomes et un calepin de notes en cuir. Le premier est spendide avec une magnifique couverture, il semble presque souffler et soupirer quand on l’ouvre. C’est une traduction anglaise des manuscripts Pnakotiques. Je connais ce livre qui a une histoire extraordinaire, et je le considère très dangereux, mis a l’écart de la population pour une bonne raison. Moi et mes frères oeuvrons pour garder ce genre de livres loin des esprits faibles… ou des déments comme Scott. Ce sont des fragments de textes des “Fragments Pnakotiques”, ils compilent des mythes et légendes de l’époque pré-humaine. Des caractères contenus dans ce livre ont été retrouvés ça et là de par le monde. On les lie à Lomar, la cité des premiers humains ayant reçu leurs secrets des Grands Êtres Ailés invertébrés venus à leur aide. Ce livre nécessiterait des semaines de travail pour en percer les secrets. Il y a seulement cinq exemplaires au monde, ce livre a une valeur inestimable. Il y a un exemplaire à l’université Miskatonic.

Le second ouvrage était un ensemble de passages choisis du livre d’Ivon. Plus connu sous le nom de livre d’Eibon, mal traduit en français. Il existe 13 exemplaires complets d’époque, mais là ce sont juste des morceaux choisis. C’est l’alchimiste et mage noir Gaspard Du Nord qui les a traduit en français. De nouveau, valeur inestimable. En touchant le livre, j’ai eu un flash d’images d’une ancienne civilisation. Comme si j’avais été projeté dans le passé. Je l’ai immédiatement relâché, comprenant le terme “dangereux” vis a vis de mes connaissances théoriques de ce livre.  Une personne non préparée pourrait devenir folle.

Le troisième était un ouvrage anglais, “la vie d’un dieu”, debut XIXeme, Montgomery Crompton, rien d’aussi impressionnant à vue d’oeil mais sur le chemin du retour Katherine mentionna qu’elle avait remarqué que le cuir était en peau humaine. Quelle horreur.

Le dernier était “le peuple du monolithe”, en anglais. Le cuir était également particulièrement bizarre. Il avait l’air assez dense et mal aéré, difficile à lire.

Un certain malaise se dégageait des livres, atteignant la piece et l’ambiance. Je prévint Erica de la valeur de ce qu’elle avait entre les mains, et du danger pour sa vie et celle de ses proches si la possession de ce savoir venait à s’ébruiter. Elle s’arrangea pour que nous ayons accès aux livres chez elle pour les étudier et nous aider à comprendre ce qui était réellement arrivé à son frère, mais sur mon conseil, elle n’expliquera pas exactement pourquoi à ses gens, leur expliquant juste de nous laisser venir, et  nous donnant la combinaison du coffre. J’ai également remarqué que Katherine semblait étrangement craintive et pleine de precautions, avant meme que j’explique que ces livres étaient dangereux. Je devrais aborder ce sujet avec elle, instinct ou savoir, je suis agréablement surpris.

Nous prîmes rapidement congé après avoir signé un contrat très carré avec Grey couvrant notre accès aux livres et à la bibliothèque Carlyle. Seul dans ma chambre d’hôtel, les évènements de ces derniers jours me rongent et me rappellent les évènements déplaisants du front. Mais j’ai en moi le sang de l’un des plus grands hommes que cette nation ait jamais porté, et je dois m’en montrer digne en protégeant le peuple américain des horreurs tapies derrière le voile que ces livres permet d’observer. Quel qu’en soit le coût pour ma propre personne, je ne peux tourner le dos à ce savoir interdit juste parce que j’en connais les risque. Justement, parce que j’en connais les risques. Le monde n’est pas prêt. Et mes compagnons ? Une partie de moi se sent coupable de les voir entrainé dans le sillon de concepts qui visiblement les dépassent, mais je ne peux pas me battre seul contre le reste du monde. DES mondes……

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L’affaire prend une sombre tournure : traces d’une véritable trame occulte autour de notre enquête

J’ai pris quelques châtaignes grillées pour me réchauffer un peu devant mon café en attendant nos plats. L’avantage, c’est qu’il sera difficile de faire pire que la daurade d’hier. De toutes façons, avec tout ce qui s’est passé cette semaine, je commence à ne plus avoir d’appétit du tout.

Vendredi 16 janvier 1925, suite

Apres le funeste repas du poisson pas frais,  nous nous séparâmes, chacun avec un rôle important à jouer.

Katerine a été voir le docteur Lemming, chargé de l’autopsie, qui est également connu pour être un anthropologue. Il lui apprit qu’à chaque fois, sur chacun des cadavres qu’il a examiné, la fameuse marque occulte a été faite violemment ET lentement à la fois, mais surtout – comble de la cruauté – du vivant des victimes. Il confirme qu’il y a eu plusieurs perpétrateurs, puisque bien que la plupart des marques aient visiblement été faites par un droitier, trois d’entre elles ont été gravées par un gaucher. Katerine croisa Martin Poole sur place durant leur entretien, qui lui a apprit qu’ils avaient remarqué qu’en l’absence d’autre lien évident entre elles, toutes les victimes fréquentaient des personnes “à risque” (des dockers, des voyous, des nègres…). La piste serait donc plus liée à leurs fréquentations qu’à leur nature intrinsèque.

Drumond retourna voir le journaliste du Times ayant travaillé sur les meurtres. Il fit alors le lien entre son nom et l’un de ceux que nous avions survolé durant notre enquête: lui aussi a été le témoin de l’un des meurtres, celui d’Angus Mason, et avait aussi vu un énorme nègre avec un “grand couteau”. Après que Drumond lui décrive les instruments barbares auxquels nous avons eu affaire, il s’avère que ce grand couteau était également un pranga, du même type que celui utilisé pour tuer Elias. Il apprit également que le journaliste Patrick Russel a été massacré à son domicile, mais surtout qu’il etait spécialiste de tout ce qui a trait au commerce et à l’import export.

Lassiter fila chez Emmerson Imports, se faisant passer pour l’avocat de la fausse identité téléphonique d’Eva. N’Kwane est visiblement un gros client d’Emmerson Imports, mais il n’est pas porté haut dans leur estime et ils l’insultèrent copieusement. Apparemment il tient une boutique à Harlem, la boutique Juju, a l’Est de la Lennox avenue. Quant à eux, ce sont les agents américains d’un exportateur à Mombasa. Pas de lien direct visible entre eux, donc, si l’on peut se fier à leurs déclarations et à leur visible animosité, mais plutôt une relation commerciale nécessaire. Il faudra sans doute visiter cette boutique.

Victoria Post, élégante et raffinée

Victoria Post, élégante et raffinée

Eva partit à la recherche de Victoria Post pour, à travers elle, contacter Erica Carlyle. Elle apprit qu’elle a récemment ouvert une galerie d’art à Chelsea. Si Post semblait dubitative au départ de la conversation, Eva réussit à la captiver avec ses révélations sur l’enquête Carlyle et sembla se ranger de son côté. En dépit du déni d’Erica vis a vis de cette histoire, Victoria pense que ce serait une bonne chose qu’elle ait vent de ces développements et promet de lui en parler. Elle proposa un rendez vous à Eva le lendemain soir car Erica donnera une soirée mondaine dans sa demeure, un gala de bienfaisance où Victoria pourrait sans problème nous avoir des invitations nominatives (Eva et nous serons sur la guest list) en nous précisant bien évidemment de ne pas venir les mains vides. Lassiter et Drumond n’étant pas particulièrement aisés, nous prendrons en charge leur relooking et le cadeau nécessaire à la politesse pour un tel gala… C’est tout naturel, même si Eva en a profité pour tenter de mettre Drumond en servage en réclamant la moitié des bénéfices de son prochain ouvrage, qu’il a bien évidemment refusé. Je suppose qu’elle plaisantait. Je l’espère.

Ewa, la fille du professeur

Ewa, la fille du professeur

Quant à moi, je décidai d’aller voir le professeur Cowles, un bonhomme à l’air avenant sur les photographies. Accueilli dans sa résidence par Ewa, probablement sa fille, charmante mais habillée comme une garçonne, j’ai demandé à voir son père, non dans rater lamentablement un tour de prestidigitation, par habitude j’ai voulu sortir une fleur de ma manche pour la faire sourire, mais je n’ai pas pensé que je n’avais pas le bon costume… Cowles arriva avec sa barbe rousse, assez imposant et bedonnant. Il a l’air assez excentrique. Visiblement, Elias ne lui a pas parlé ni pris un quelconque contact durant la conférence, même si Cowles avoua avoir déjà lu ses ouvrages. Nous discutâmes un peu des thèmes de sa présentation. Pour lui, le culte du père des chauves souris n’est pas exclusif aux aborigènes australiens mais est antérieur à la civilisation humaine et s’est étendu partout à travers le monde. Il me passa quelques diapositives. Je lui demandai si l’on pourrait faire des liens avec l’Egypte ou le Kenya. Il à en effet trouvé des correspondances troublantes entre les cultes de la chauve souris des sables et d’autres divinités endormies. L’un des ouvrages les plus troublants qu’il a consulté à Sydney tend à montrer que même si le culte s’est éteint il y a plusieurs centaines d’années, des gens se sont fait attaquer à l’époque moderne, comme Arthur Macwhirr. Certains de ses collègues sont morts de centaines de petites piqûres, ce qui lui a fait penser à la chauve souris des sables. Il a une théorie.  Il me demanda si j’ai entendu parler de R’lyeh. Il pense que le culte de la chauve souris serait lié à cette histoire. Selon lui, il n’y aurait pas une seule entité mais tout un panthéon voué à la destruction de l’homme. La terre ne serait qu’un immense champ de bataille.

L'excentrique professeur Cowles

L’excentrique professeur Cowles

Il m’affirma avoir lu les écrits de Ponape à Sydney… Et je pense qu’il a tout de suite remarqué la difficulté avec laquelle j’ai tenté de cacher ma surprise… Peu de gens au monde connaissent cet ouvrage ou sa portée réelle. J’étais venu voir un vieil érudit, je me retrouvais face à quelqu’un ayant également aperçu des bribes de la nature réelle du monde. Sur les écrits, il a eu l’une des versions en main, mais l’exemplaire a été dérobé par John Scott, dont il ne connait que le nom, transmis par la bibliothécaire. Je le met alors immédiatement en garde, ce nom ne m’étant pas inconnu. John Scott est un comme moi un occultiste de Boston, mais fait partie des personnes qui ont disparu de la circulation, c’est un mage noir extrêmement dangereux. Cowles me raconta un peu ce qu’il avait tiré des écrits de Ponape. Ils ont été rédigés par le capitaine de Vaisseau Abner Ezekiel Hoag de Kingsport dans le Masschussets (au XVIIIème siècle). Il parlent des diables des mers et du dieu Dagon. Des créatures vouées à la chute de l’humanité. Le capitaine a rédigé l’ouvrage en 1734, transcription d’écrits provenant des légendes des mers du sud. Hoag aurait aussi rassemblé des textes parlant de Mu, compilés par un métis polynésien. Ils sont liés à Dagon mais prient Cthulhu et ont des rapports charnels avec les humains. Une légende dit qu’il se passe toujours quelque chose pendant la lecture, et Cowles confirma ce fait : pendant sa lecture, il a plu des grenouilles.

Nous discutâmes longuement pendant une bonne partie de l’après-midi. Avant de partir, je lui dessinai le symbole retrouvé sur Elias pour voir s’il l’avait déjà vu dans ses études sur le culte, mais même approximativement cette rune ne lui était pas familière. Il m’expliqua enfin vouloir réunir des fonds en vue d’une expédition sur le site découvert par Macwhirr en Australie. Ewa et lui retourneront à Sydney dans ce but d’ici 6-7 mois. Il m’explique l’objectif réel de son expédition : il cherche la cité de la grande race.

Mes compagnons et moi-même nous retrouvâmes à l’heure du thé chez Eva. C’est là qu’elle nous annonça que nous serions de gala le lendemain soir. Drumond appella Atwight au téléphone depuis chez Eva, et lui annonça qu’Elias est mort. Nous apprenons qu’il cherchait à consulter les “Sectes Secrètes d’Afrique”, un livre sur les sectes. Il a disparu de la bibliothèque avec les fiches d’emprunt (empêchant donc de suivre leur trace), et le jour même de la disparition il y avait une odeur innommable dans la bibliothèque qui a marqué les souvenirs d’Atwight. Pour Drumond, ce livre a un autre nom : “Les sectes obscures de l’Afrique”, écrit par un Américain en 1910, Herrington,  et édité à la Golden Goblin Press de New York. Son auteur est mort dans des circonstances suspectes d’un arrêt cardiaque juste avant sa publication et du coup le manuscrit n’a jamais été mis sous presse. C’est probablement l’une des seules copies, l’une des épreuves d’impression réservées à l’auteur et à l’éditeur.

La mère de Herrington

La mère de Herrington

Du coup Drumond enchaîna avec un autre coup de téléphone à la Golden Goblin Press, pour se renseigner sur l’ouvrage. Leur seule copie a été remise à la famille après la mort de Herrington. Ils eurent l’amabilité de nous donner l’adresse qu’ils avaient dans leurs archives mais c’était il y a quinze ans. C’est dans le Queens, et nous nous y rendîmes immédiatement dans la voiture de Drumond. Nous tombâmes sur la mère de l’auteur, très vieille mais encore en vie, et emprunt de cette sympathie accueillante qui tend à disparaître des rues de New York. Elle nous invita à rentrer au chaud pour parler et goûter ses cookies sortant du four. Elle nous dit avoir revendu le manuscrit de son fils à Harvard, c’était donc malheureusement le même exemplaire que la copie volée à Artwright. Elle parla également du “dernier cadeau” de son fils qui lui a demandé juste avant sa mort de ne jamais l’enlever de la porte. Nous nous retournâmes, et là encore il me fut difficile de contenir ma surprise. Sur la porte était fiché un ancien symbole occulte, le signe des anciens. Loin des pentacles et des têtes de boucs liés aux sorciers dans l’inconscient collectif, l’existence et la pertinence d’un tel symbole sont réservés à une élite.

Les bons cookies de mémé Herrington

Les bons cookies de mémé Herrington

En essayant d’être le plus discret possible – la vieille dame n’y a vu que du feu mais à leurs yeux mes compagnons auraient bientôt des questions à me poser – j’ouvris mon troisième œil afin de m’assurer de la teneur magique de l’objet. Il était évident qu’un sortilège de mauvais œil avait été jeté sur ce lieu, mais que ce dernier avait été protégé par le signe des anciens. Fort de cette confirmation et de l’assurance de la perfection du tracé du symbole, je repris mes perceptions mondaines, mais l’expérience me laissa temporairement faible physiquement. L’effet magique invoqué était bénin, mais la combinaison du stress de la mort d’un ami, des révélations de Cowles, et de la découverte de symbole de puissance chez la vieille dame ont dû me troubler plus que de raison. En tout cas il est clair que l’auteur des “Sectes…” se sentait menacé par une force surnaturelle et qu’il a voulu protéger ses proches. C’est très noble de sa part, même s’il n’a visiblement pas réussi à se protéger lui même.

En sortant de chez la mère de l’auteur, je révélai à mes compagnons que le symbole est un symbole de protection occulte prouvant selon moi que Herrington n’était pas un charlatan mais un véritable ritualiste. A leurs yeux, tous ne sont pas forcément convaincus du réel de ces pratiques. Un peu heurté et fatigué par cette histoire, j’ai demandé à Drumond de me ramener à mon hôtel en voiture. Eva téléphone alors au poste de police depuis une cabine, et en l’absence de Poole, elle veut passer pour accéder au dossier, en dépit de notre assurance qu’elle allait probablement perdre son temps. Je descends à mon hôtel avant leur départ pour le poste, et j’apprendrai le lendemain que sans surprise, Eva s’est heurté à un mur administratif de procédure policière, et même ses larmes de crocodiles n’ont pas réussi à convaincre le Sergent Hudson de lui laisser accéder au dossier en l’absence de Poole ou de papiers d’accréditation dûment signés.

Samedi 17 janvier 1925

Avant de rejoindre mes compagnons pour le déjeuner, je me suis rendu à la loge Thoth Hermes #9 pour me renseigner sur Herrington et la Langue Sanglante. Mes frères me confirmèrent que Herrington était lui aussi membre du temple. En revanche, ils n’eurent aucune information additionnelle à m’apporter sur la Langue Sanglante.

Lors du repas de midi, je viens d’expliquer à mes camarades que Herrington faisait partie d’une “loge occulte de New York”, sans leur donner plus de détails. Drumond me conseilla alors de retourner voir Cowles pour voir s’il avait à tout hasard entendu parler de Herrington ou de son livre. Je pense que j’aurai le temps de lui rendre une petite visite avant le gala de ce soir…

Le Signe des Anciens sur la porte des Herrington...

Le Signe des Anciens sur la porte des Herrington…

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Les sombres secrets des rêves, et la conversion d’un sceptique

J’ai souvent eu de bonnes surprises culinaires à New York, mais c’est la dernière fois que je prends du poisson dans ce restaurant. Je ne sais pas s’il était trop vieux ou mal préparé, mais c’était tout bonnement infect, et j’ai à peine touché à mon assiette… Bref. J’ai demandé au garçon un autre sucre à mettre dans mon café pour en faire passer le goût pendant que j’écris ces quelques lignes.

15 janvier 1925, suite

Mes nouveaux compagnons et moi avons discuté de la marche à suivre hier pendant le déjeuner. Eva nous a appris que le dialecte qu’utilisaient les nègres n’était pas du Kiswahili mais quelque chose de proche, donc une langue avec une source proche de la région du Kenya. Elle nous a expliqué avoir appris la langue sur place dans une expédition à la recherche de “Sangoen”, des objets en pierre transformés en outils. Katherine nous fit alors remarquer qu’Eva avait embarqué l’une des hachettes des nègres, qui dépassait d’ailleurs de son manteau de manière flagrante en formant une énorme bosse. Comment avons nous pu ne pas le remarquer dès le début du repas? La mort d’Elias nous avait tous visiblement secoués. Le repas terminé, nous partîmes la remettre chez elle avant d’aller voir le Lieutenant Poole. Vu sa décoration intérieure, Eva s’intéresse ostensiblement à l’art et aux antiquités exotiques.

Martin Poole

Le Lieutenant Martin Poole

Après ce détour pour déposer la hachette, nous arrivons à l’officine du la police de New York où nous avait convié Poole. Le greffier prit nos noms et nous amena voir le lieutenant. Nous lui avons relaté les faits aussi clairement que possible. Il nous apprit que le docteur Lemming a été mandé pour une autopsie. En entendant qu’Eva parle le Kiswahili, il lui a demandé son aide pour un interrogatoire, avant de nous reparler des victimes précédentes, confirmant l’absence de lien apparent. Nous avons parlé de “Scarry-face” le serial killer. Tout a commencé en 1922 avec la découverte, en novembre, d’une première victime, un nègre de Harlem, lui aussi éventré et portant la fameuse marque sur le front. Deuxième victime en avril 1923, Patrick Russel, journaliste blanc de 32 ans, massacré a son domicile sur le même M.O. En juillet 23, autre blanc non identifié d’une quarantaine d’années, éventré, toujours avec une marque sur le front. En novembre 23, nouvelle victime, Tom Evans, un cheminot de 19 ans éventré à son domicile. C’est à ce moment que la presse commence à s’intéresser à l’affaire. Février 1924, nouvelle victime : Angus Mason, avec témoin oculaire cette fois. Un certain John Espender, ayant vu “un homme immense avec un couteau”. Juin 1924, double meurtre, on retrouve le corps d’une négresse et d’un homme blanc mutilés sur les rives de l’Hudson, mais les cadavres demeurent non identifiés car ils furent retrouvés après avoir été abimés par l’eau pendant au moins deux jours. La dernière victime précédent Elias a été retrouvée en octobre 24, Mimi Si Kitalii, un docker Kenyan non Américain. Pour la première fois, des témoins ont affirmé la présence de plusieurs agresseurs. Le symbole a été retrouve mais difficilement reconnaissable car le front était plus mutilé que d’habitude.

Nous quittâmes le commissariat de police après cet entretien, sauf Eva qui resta sur place pour assister à l’interrogatoire du nègre en vie et apporter son soutien linguistique. Les deux vétérans partirent se renseigner chez Prospero Press, pendant que Katherine et moi allâmes à l’université de Columbia se renseigner sur la conférence. Elle a eu lieu la veille, le mercredi 14. Le professeur qui a dirigé cette dernière est toujours sur New York et avec l’assistance de l’administration nous avons pu récupérer son adresse. Il y a eu un article au sujet de la conférence dans le Pillar, mais rien de très informatif. Nous y apprîmes néanmoins qu’elle parlait en détail d’un culte australien aborigène vénérant le “Père de toutes les chauves souris”, parlant de dieux immenses, et d’un conflit entre la chauve souris et le serpent.

Jonah Kensington

Jonah Kensington, le propriétaire de Prospero Press

Chez Prospero, selon ce que Drumond et Lassiter nous ont rapporté, Jonah Kensington (le responsable) était effaré par la mort d’Elias. Il leur a révélé qu’Elias faisait bien des recherches sur l’expédition Carlyle, et semblait avoir trouvé des pistes démontrant qu’ils n’étaient pas tous morts! Il a d’abord reçu un télégramme en août en provenance du Kenya. Une personne aurait vu Jack Brady à Hong Kong et l’aurait dit à Elias. Puis, nouveau télégramme de Hong Kong cette fois, fin Octobre ou début Novembre. Quant au dernier en date il venait de London, en décembre, une note visiblement écrite par un Elias nerveux, paniqué et perturbé, se sentant traqué. Il a laissé encore quelques notes à Jonah en arrivant à New York. Il identifie également Miriam Atwright (?) comme une bibliothécaire de Cambridge, non loin de Boston. Kensington leur sortit enfin une pile de paperasse d’un mètre de haut sur l’enquête d’Elias, mais refusa que ces documents sortent de Prospero Press. Kensington signala qu’il a pris en charge les obsèques qui auront lieu ce dimanche, le 18. Pour Elias, l’expédition Carlyle était la colonne vertébrale d’une “machination affectant la planète entière”. Jonah proposa aux deux vétérans de les embaucher pour découvrir la vérité derrière les recherches d’Elias, et leur demanda de nous transmettre également son offre.

Peu d’autres éléments de notre enquête apparaîtrons cet après midi. L’interrogatoire d’Eva n’a pas été concluant, le meurtrier se refermant dans son mutisme et refusant tout dialogue. Lassiter a pour sa part été rendre visite au journaliste ayant écrit la plupart des articles sur “Scarry Face”.

Nous nous retrouvâmes chez Eva pour le diner et pour mettre nos informations en commun. Dans ses divers écrits, j’ai remarqué qu’Elias parlait de portail, ce qui m’a fait tiquer intérieurement; cela ne correspond pas à son scepticisme habituel, et pour ma part je n’avais jamais partagé un tel savoir avec lui, en dépit de notre amitié je savais bien que certains concepts ésotériques ou savoirs occultes sérieux dont j’avais eu vent n’auraient pas pu intégrer sa vision du monde et auraient pu gâcher notre enrichissante relation professionnelle. Autre information des documents auxquels nous avons eu accès, Carlyle était suivi par un psychanalyste. Il serait intéressant de trouver son dossier médical complet, nous pourrions sans doute y trouver d’autres détails, surtout analysés par l’oeil expert en la matière de ma cousine. Elias en effet également parlé de rêves importants et effroyables, “comparables à ceux de Carlyle”. Les dossiers pourraient nous donner une information sur ces rêves. Visiblement, en arrivant au Kenya, Elias était dubitatif quant à tout lien surnaturel autour de l’expédition, mais sembla s’être laissé convaincre au fur et à mesure de son enquête.

Toujours pendant le dîner, Eva nous dit que les machettes s’appellent des Pranga, ce sont des machettes utilisées dans la brousse sans vraie connotation rituelle. C’est plus un outil pratique d’un objet de dévotion ou symbolique. Le symbole sur le front, lui, en revanche, est une rune provenant d’un culte au Kenya, celui de la “langue sanglante”, le culte sur lequel Elias faisait des recherches, et les assassins présumés de l’expédition Carlyle dans les journaux après l’enquête locale. Le culte avait une source en Egypte mais ils s’en étaient apparemment fait bannir.

Après le repas, Katherine a décidé d’essayer de se renseigner pour aller récupérer les dossiers d’Hudson (le psychanalyste de Carlyle) aux affaires médicales. Elle y a rencontré le secrétaire, Adrian Ferris. Les dossiers ont fait l’objet d’une bataille de procédure pour les récupérer mais ont bel et bien atterri aux affaires médicales. Du coup, elle a pu les consulter (mais, là encore, pas les récupérer). Elle en a tiré qu’Erica Carlyle est dotée d’une personnalité affirmée qui sait ce qu’elle veut, et qu’Hudson considérait ne jamais avoir rencontré de personne dotée de tant de capacités d’adaptation. C’est elle qui lui a envoyé son frère Roger. Son dossier est plus étoffé que le sien : une vingtaine d’entretiens sur une année.

Quand j’ai compilé l’ensemble des documents à notre portée traitant des “délires” d’Elias, les informations qui s’y trouvent n’appellent aucune conclusion évidente, mais pour moi il n’y a qu’un pas a faire pour relier cela avec quelque chose dépassant l’occultisme basique. Le scepticisme d’Elias a été indubitablement ébranlé. Selon moi, s’il s’agit d’une arnaque, elle serait vraiment bien construite, et sur plusieurs pays, ce qui rend la piste d’une mise en scène peu crédible. Même si les faits sont présentés à travers les yeux factuels d’Elias, on touche ici à quelque chose sortant du cadre classique. Lui même parle d’une machination sur plusieurs pays. Il semble y avoir quelque chose d’indicible mais qui existe bel et bien et qui rode derrière ces événements.

Pendant que j’ai le nez dans les liasses d’Elias, les autres ont convenu qu’il sera bon de se renseigner sur Emerson Imports. Il serait également de bon ton d’avoir de quoi se défendre : nous allons visiblement reprendre et poursuivre l’enquête d’Elias et c’est vraisemblablement cela qui a causé sa mort… Il serait bon de savoir s’il y a eu des meurtres similaires à Hong Kong ou à London.

16 janvier 1925

Ce matin, le Pillar a titré sur les tueurs identifiés. Nous nous sommes donné rendez vous à midi dans le restaurant (au mauvais poisson) où je suis en train d’écrire ces lignes. Lassiter s’est renseigné plus tôt sur Emmerson imports et j’ai été acheter un petit calibre avant de me rendre au rendez-vous. Emmerson Imports sont notamment connus pour être en rapport commercial régulier avec le… Kenya. Trop spécifique pour être une coïncidence.

Au restaurant, nous décidâmes d’essayer de téléphoner chez Emmerson Exports directement et de demander de parler à N’Kwane (le nom griffonné sur l’indice nous ayant aiguillé vers eux) pour voir s’il y travaille, et pour brouiller les pistes via Eva pour parler d’antiquités africaines. Changeant visiblement de plan en cours de route et d’appel, elle leur donna un faux nom : “Elvina Drow”. Elle apprit que N’Kwane n’était pas un employé mais un client, et qu’ils ne donneraient des informations à son sujet qu’en personne.

Katherine a appris d’autres choses au sujet de l’expédition. Carlyle a visiblement menacé son psychanalyste de “le dénoncer” s’il refusait de l’accompagner dans son expédition. Il lui a également parlé de rêves aux thèmes égyptiens, de transcendance, et de hiéroglyphes inversés.

Plus nous avançons dans cette affaire, et plus j’ai l’impression de surplomber l’abîme. De nombreux éléments me confortent dans l’idée qu’il y a deux lectures à faire de tous ces éléments, et que la mort de mon sceptique ami est liée à des évènements ou des forces dépassant le cadre habituel de ce genre de crimes. Néanmoins, nous travaillons ensemble depuis moins de quarante-huit heures et je ne sais pas encore comment mes compagnons réagiraient aux théories qui commencent à se mettre en place dans ma tête au vu de mes expériences passées. Je pense qu’ils ne sont pas prêts, et il me manque de toutes façons trop de pièces du puzzle pour l’instant pour réussir à les convaincre.

Le café amélioré a réussi à faire passer le mauvais goût de la daurade. Je vais régler l’addition pour la table, et nous reprenons notre enquête.

 …

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La fin tragique de Jackson Elias

Les évènements tragiques que j’ai été amené à vivre aujourd’hui me poussent à coucher sur le papier le récit de ce qui s’est passé, de la manière la plus complète possible (en me reposant parfois sur les rapports de mes nouveaux compagnons) afin de laisser une trace de cette affaire sordide, au cas où nous serions amenés à subir un sort similaire à celui de mon ami. Pour ne pas oublier, aussi, car souvent dans ce genre d’affaires, des détails anodins d’apparence s’avèrent essentiels avec le recul du temps.

Je pourrais commencer ce récit bien plus tôt, évoquant la relation professionnelle, puis d’amitié sincère, m’ayant lié à Jackson Elias, et nos travaux communs sur les cultes et autres sectes se servant d’illusions et de manipulations pour jouer avec la crédulité des hommes et s’attirer leurs faveurs, financières ou autres, mais il me semble plus opportun de commencer avec ce qui fut l’élément déclencheur de notre rencontre.

Au début de l’année 1925, cinq personnes sans lien direct apparent (mais les apparences sont parfois trompeuses !) reçoivent un télégramme de Jackson Elias. Tous connaissent ce journaliste d’investigation professionnellement ou personnellement. Ces cinq personnes sont Eva Parker, une riche veuve ayant régulièrement défrayé la chronique par ses tenues outrancières masculines et ses expéditions aux quatre coins du monde, Jonathan Lassiter, un ancien doughboy engagé volontaire et travaillant maintenant dans un cabinet d’avocats, Edgar H. Drumond (oui, c’est bien cela, Drumond), un auteur que j’avais déjà croisé dans le cercle d’Elias, ma cousine Katherine Grey, éminente neuro-psychiatre au sein de son établissement familial, et moi même, Dexter Drake.

Mon télégramme était assez laconique, Elias mentionnant brièvement avoir des informations sur l’expédition Carlyle (je suppose que vous en avez tous entendu parler, donc je ne m’étendrai pas sur le sujet) mais me demandant d’être discret sur ce point. Je me suis donc rendu à New York quelques jours avant notre rendez-vous afin de justifier mon déplacement par une recherche de salle de spectacle pour un show ultérieur. Le télégramme de mon ami me demandait d’être présent le 15 janvier, mais sans autres indications de sa part je me suis rendu dans sa maison d’édition pour essayer de remonter sa trace. Un message m’y attendait justement, me donnant rendez-vous à 11 heures à l’hôtel Chelsea…

L’hôtel Chelsea, au matin du 15 janvier 1925

C’est dans le hall de l’hôtel que notre petit groupe s’est formé pour la première fois. Eva et Katherine étaient en grande discussion pendant que Drumond parlait avec le concierge. Lassiter et moi arrivâmes peu ou prou en même temps, et très vite nous nous rendîmes compte que nous étions tous là dans le même but : répondre présent au rendez-vous de Jackson Elias.

Le concierge nous a indiqué comment rejoindre la chambre 410 où nous attendait, selon lui, mon ami Elias. Au quatrième étage, face à la porte, nos appels restèrent sans réponse. Lassiter a fait un aller-retour à la réception pour se voir confirmer par le concierge que oui, Elias était bien arrivé il y a une trentaine de minutes, et non ressorti depuis. Drumond a alors tenté de prendre des renseignements dans la chambre voisine où il fut accueilli par un vieil homme antipathique et à moitié sourd se plaignant néanmoins du remue ménage et du vacarme sortant de la 410 depuis plusieurs minutes. Craignant un quelconque grabuge, les deux dames coururent chercher le concierge et son passe pour ouvrir la porte de la chambre du journaliste.

Peine perdue : la porte restait close, visiblement Elias avait laissé sa propre clef dans la serrure de l’autre côté de la porte. C’est alors que retentit un bruit sourd, comme un objet lourd jeté au sol, qui nous décida à être plus pro-actifs. A mon injonction, Drumond et Lassiter défoncèrent la porte de concert. Après un vestibule désert, nous ouvrîmes une autre porte pour découvrir une salle à manger complètement retournée, fouillée, et dont quelqu’un avait visiblement maladroitement voulu bloquer l’accès avec une chaise, sans succès. Le bruit provenant d’une autre pièce, nous découvrîmes rapidement la chambre d’Elias, accueillis brutalement par une immense hachette manquant Drumond de peu et venant se ficher dans le mur à quelques centimètres de Katherine.

La scène irréelle se présentant à nous était composée du corps de Jackson Elias gisant sur son lit, maculé de sang, et entouré de trois nègres massifs à la peau d’ébène et aux cheveux courts, habillés comme des dockers ou des malandrins, probablement membres d’un quelconque gang des rues en dépit de leur teint de peau inhabituellement sombre, plus proche du charbon que des teintes chocolat des nègres de Harlem.

Très vite, il apparut que toute discussion était impossible. J’ai dégainé ma canne-épée en criant au concierge d’aller prévenir la police alors que Drumond se jetait sur eux et en plaquait un au sol. La fenêtre donnant vers l’extérieur était brisée, c’est probablement par là qu’ils étaient entrés. Le plus proche de la fenêtre essaya de s’enfuir, mais Lassiter courut l’en empêcher  Je tins le troisième en respect avec ma canne. Ma cousine hurla soudain, mais qui pourrait lui en tenir rigueur ?

Les nègres communiquaient dans une langue inconnue et gutturale, probablement un dialecte africain. Lassiter se battait avec une petite matraque contre son adversaire. Le mien ne voulait pas se rendre, je lui ai donc planté ma lame dans l’épaule, mais il l’a attrapé à main nue en dégainant une autre hachette. Eva arracha ensuite la première hachette du mur, alors que Katherine arrêtait de crier et reprenait ses esprits. Drumond se débattait toujours avec son adversaire au sol. J’ai dégagé ma rapière in extremis pour éviter un coup de hachette. Ma cousine en a profité pour lui tirer dessus, le touchant à l’épaule elle aussi, et il s’est écroulé. L’adversaire de Lassiter l’a repoussé et Eva se mit à parler en africain elle aussi. Lassiter a rattrapé le fuyard et l’a bousculé alors qu’il passait la fenêtre, il s’écrasa 4 étages plus bas sur une voiture. Le dernier conscient fut tenu en joue par Katherine. J’ai récupéré son petit calibre pour prendre le relais afin qu’elle aille voir Elias, car en dépit de son domaine de prédilection, l’esprit, elle reste néanmoins médecin. Le diagnostic était simple et sans appel en retournant le corps : il avait été éventré, son front marqué à la lame d’un signe étrange et malsain qu’Eva affirma avoir déjà vu au Kenya.

Symbole étrange gravé à la lame sur le front du cadavre de Jackson Elias

Les deux vétérans attachèrent le dernier nègre conscient pendant qu’Eva continuait à lui parler en Africain. Le nègre semblait comprendre et répondre. Lorsqu’elle nous rapporta cet échange, elle nous dit qu’il avait refusé de donner toute information mais qu’au vu de son dialogue, c’était probablement un cannibale. Quelle horreur. Nous n’avons peut être pas pu sauver la vie de mon ami, mais nous lui aurons au moins évité d’être dévoré.

Une fois le dernier malfrat ligoté, j’ai rendu son revolver à ma cousine et commencé à fouiller la pièce avec mes nouveaux compagnons d’infortune pendant que Lassiter allait voir ce qu’il restait de celui qui était tombé, mais il ne trouvera rien de probant et remontera bredouille.

Nous trouvâmes plusieurs papiers intéressants, dont une lettre signée “Faraz Najir” envoyée du Caire, une photo de bateau devant un bâtiment qu’Eva identifia comme étant localisé à Shanghai, une carte de visite de la fondation Penhew (l’un des membre de l’expédition) où Elias a écrit à la main ‘Silas N’Kwane’, une boite d’allumettes du “Tigre Trébuchant”, avec un dessin et un sous titre nous rappelant aussi Shanghai, et un prospectus cartonné glissé dans un livre (“Une histoire de la guerre entre science et technologie dans la chrétienté, Vol.2” par Andrew Dixxon White). Le prospectus était fiché au début du chapitre 14, “From Fetish to Hygiene”. Le prospectus faisait mention d’une conférence sur “Le culte des Ténèbres en Polynésie” pour “ce soir seulement”… mais quel soir? Tant de pistes obscures, et aucun motif apparent pour le meurtre de mon ami.

A ma connaissance, Elias n’avait pas de famille. Nous attendîmes donc la police. Nous fîmes notre déposition au Lieutenant Martin Poole, arrivé promptement sur les lieux du crime. Il répondit volontiers à certaines de nos questions (il connait visiblement Katherine) nous apprenant que c’est la neuvième fois en deux ans qu’ils trouvent un meurtre avec cette marque sur le front. Aucun lien apparent entre les victimes (de sexe, d’ethnie, et de milieux sociaux différents). C’est justement Poole qui est chargé de cette enquête au long terme. Il nous a proposé de passer au poste pour parler du dossier si nous étions intéressés, et que ce soit par amitié pour Katherine ou par compassion face à la perte de notre ami commun, c’est très urbain de sa part. Il pense qu’il y a un lien avec un culte de la mort africain mais les habitants de Harlem qu’il a interrogé à ce sujet refusent de parler. Il nous a demandé de passer cet après midi. Je lui ai laissé une carte de visite et nous prîmes congé, décidant de déjeuner ensemble pour mettre en commun nos informations, déterminés à faire front commun et à ne pas laisser le meurtre de Jackson Elias impuni…

Dexter Drake, New York, 15 Janvier 1925, 11h45
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Dexter Drake, magicien extraordinaire

Toute personne à l’affut des dernières soirées en vogue dans le nord est des Etats-Unis aura déjà entendu parler de Dexter Drake, le magicien extraordinaire. Evoluant dans le cercle du célèbre Harry Houdini et partageant son amour des illusions et du “Smoke and Mirrors” de la scène, et sa connaissance d’un grand nombre de “trucs” d’illusionnistes.

Si Houdini est surtout connu pour être le maître de l’évasion, disparaissant de caissons remplis d’eaux ou d’une tombe enterré vivant, les spectacles de Dexter Drake sont plus centrés sur le fantastique et les illusions d’optique. Sons et lumières, lévitation, disparition d’objets et de personnes, rien ne semble impossible au Grand Maître des Arts Mystiques, pour le plus grand bonheur de son public.

D’une personnalité flamboyante, haut de forme sur des cheveux courts impeccablement gominés, la canne à la main et la moustache tranchante comme le fil d’une épée, s’il ne peut prétendre à la même notoriété internationale que Houdini, les spectacles de Dexter Drake font toujours salle comble à Boston, New York ou Atlantic City.

Dexter Drake, le Grand Maître des Arts Mystiques

Néanmoins, ceux qui le connaissent plus personnellement savent que “Dexter Drake” n’est que son nom de scène. Le “Grand Maître des Arts Mystiques” est né Thomas Jefferson Coolidge, 3ème du nom, et est le descendant direct du troisième président des Etats-Unis d’Amérique, l’un des pères fondateurs de la constitution.

Après être sorti avec les honneurs de la prestigieuse USMA de West Point à New York (la “U.S. Military Academy”, l’école d’officiers la plus prisée de la nation), TJC3 a servi en tant que Second Lieutenant, puis Premier Lieutenant dans l’armée américaine, faisant partie du contingent de Pershing ayant combattu l’armée allemande en France pendant la Grande Guerre.

Le Premier Lieutenant Thomas Jefferson Coolidge, 3ème du nom (au centre) et Lieutenant-Colonel Paul B. Clemens (gauche) interrogent un officier allemand à proximité de Romagne, 9 Octobre 1918

A son retour de France, en dépit de l’absence de toute blessure apparente, TJC3 quitte le service actif de l’armée et retourne chez lui en tant que simple civil. S’il participe parfois à des réunions de vétérans, il ne reste jamais bien longtemps, et en dehors de ces rassemblements cathartiques la guerre est un sujet de conversation qu’il aborde peu, voire esquive. Quelques années après son retour, “Dexter Drake” fait ses premières apparitions publiques qui seront rapidement remarquées, le catapultant au sein du cercle des grands illusionnistes notoires.

Les lecteurs des ouvrages publiés de Jackson Elias n’auront sans doute pas manqué de remarquer le nom de Dexter Drake régulièrement cité dans les pages de remerciements de l’auteur.…

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