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Tagged With: masque de Hayama

La traversée de l’Atlantique

Je viens de croiser le capitaine du navire, qui m’assure que nous toucherons terre demain. Nous sommes aujourd’hui le jeudi 12 février. London nous attend, et j’espère qu’à travers les brumes verdâtres du smog britannique, nous trouverons quelques clés de notre quête pour élucider la mort d’Elias. Je ne sais pas si cela est dû au tangage et au roulis du navire, mais j’ai fait un cauchemar cette nuit, poursuivi en rêve par Silas N’Kwane… Les autres aussi ont rêvé de lui durant la traversée. Je pense que nous avons tous été marqués par les évènements de la boutique Juju, et que même ceux qui ont évité de trop graves blessures physiques garderont des cicatrices psychologiques de cette rencontre. Il faudrait peut être que j’en parle avec ma cousine, c’est son métier après tout… Mais reprenons un peu ce qui s’est passé depuis…

Mercredi 21 janvier 1925, suite

Des engins de chantier sont venus dégager le décombres de la boutique Juju. La police a visiblement trouvé un grand nombre de corps dans la cave, mais n’ont pas réussi à mettre la main sur N’Kwane, ni sur l’homme étrange aux mains de lion, ni sur les deux blancs qui se trouvaient dans l’assistance. De toutes façons, je me suis vite rendu compte qu’il restait moins de cadavre qu’il n’y avait d’hommes en présence la veille. Le puits révélé dans la salle de rituel s’ouvrait apparemment sur une galerie, bloquée un peu plus loin par un éboulement. D’une commune déduction avec les forces de polices, nous nous accordâmes à penser que cet éboulement était tout sauf naturel, probablement créé par N’kwane ou ses sbires pour masquer leur fuite et couper court à toutes poursuites. Des agents de polices furent affectés à notre sécurité par la police de New York, pour prévenir toute tentative de vengeance. A l’hôpital, les docteurs me confièrent que mes compagnons blessés auraient tous besoin de deux à trois semaines de convalescence, dont au moins une semaine entière sur place à l’hôpital pour pouvoir réagir rapidement à d’éventuelles complications.

Samedi 24 janvier 1925

J’ai continué mes recherches et mes études des livres depuis. Rien de particulier ce jour, si ce n’est la présence d’une éclipse totale de soleil obscurcissant pour un temps le ciel de New York. Je sais que ces évènements sont naturels, mais je ne pus m’empêcher d’y voir un quelconque signe funeste, comme un avertissement, une épée de Damoclès sur nos épaules.

Mardi 27 janvier 1925

Nous fûmes tous convoqués au commissariat par Poole, pour faire un nouveau point avec un peu de recul, et nous confier d’autres détails de leur enquête. Dans les profondeurs du sous sol, les policiers trouvèrent une petite piece (de deux mètres sur deux environ) où ils trouvèrent les cadavres de deux fanatiques avec quelques affaires sous eux. Entre autres, le fameux ouvrage des sectes secrètes d’Afrique avec le tampon de l’université Miskatonic, avec deux courriers glissés dedans, un bol en cuivre, un serre-tête de métal gris, un sceptre sculpté, et un masque représentant un singe à cornes. Poole nous laissa consulter ces pièces. Il y a des écritures liées au mythe des anciens dieux sur le serre-tête. Drummond fit un lien entre tout cela et Nodens (reprenant une information qu’il avait lu récemment, il s’agit visiblement de l’une des seules créatures du mythe n’en voulant pas à l’humanité… Le serre-tête serait-il donc un talisman de protection ?). Le sceptre africain est taillé dans du baobab, et quelques hiéroglyphes y sont gravés. C’est un “sceptre de pouvoir” datant de l’Egypte ancienne, faisant référence à Nyambe, un dieu suprême égyptien et africain. Il s’agit clairement d’un objet de pouvoir, mais il n’est pas directement lié au mythe. Lorsque je le tiens, je ressens un sentiment de puissance indéniable. Le bâton réagit à mon contact, et je sentis immédiatement que je pouvais, en cas de besoin, puiser dans la force de ce sceptre pour alimenter mes rituels, plutôt que de puiser dans ma propre essence. En ce qui concerne le bol de cuivre, il était gravé de runes et symboles suggérant qu’il s’agit d’un composant pour un rituel magique inconnu. Au poids, je pense que ce n’est pas du cuivre. Enfin, le masque est un masque de démon africain (ce que me confirma immédiatement Eva, qui pense qu’il ne vient pas du Kenya mais du Congo) taillé dans du bois étrange. Nous avons frôlé la catastrophe au moment où Drumond, comme hypnotisé, s’apprêta clairement à le revêtir, mais je pus lui retirer le masque des mains avant tout contact. Plus tard, Eva nous montrerait un livre contenant une illustration fidèle du masque, et présentant ce dernier comme le masque de Hayama, détenu par les grands sorciers des tribus congolaises.

Mercredi 28 janvier 1925

Eva réussit à convaincre Miss Carlyle de pouvoir installer chez elle des aménagements pour faciliter l’accès des convalescents à sa bibliothèque. Elle consentit également nous prêter si nous étions amenés à partir, ce qui étaient en effet de plus en plus probable à mesure que les jours avançaient sans manifestation aucune d’une quelconque expédition punitive menée par N’Kwane et ses hommes. Carlyle nous fait visiblement confiance et veut comprendre ce qui est vraiment arrivé à son frère. J’espère juste que nos voyages ne nous amènerons pas à perdre ces ouvrages, ou à se les faire voler. Je me moque bien de l’investissement potentiel de la famille Carlyle dans ces livres, mais ils pourraient s’avérer extrêmement dangereux entre de mauvaises mains.

Jeudi 29 janvier 1925

Nouvelle convocation chez le lieutement Poole pour un debrief. Après avoir retiré les décombres de la boutique Juju, ils ont découvert un second éboulement un peu plus loin. Il n’y a donc plus aucun doute que cette démarche était délibérée, pour  masquer leur fuite. Il pense toujours que nos vies sont en danger. Il consent néanmoins à nous remettre tous les objets découverts (le sceptre, le bol, le livre, le serre-tête et le masque) en échange d’une décharge. Lassiter se chargera de lire rapidement le livre dès notre retour à l’hôtel. Il est écrit en anglais, mais le style et les tournures sont selon lui d’un amateurisme crasse. Il comprit néanmoins que le livre est une sorte de mode d’emploi visant à apprendre au lecteur a utiliser un cadavre pour le réanimer sous la forme d’un zombie, nul doute comme les créatures humanoïdes qui s’en prirent à nous durant notre aventure sous la boutique de N’kwane. Eva étudia le serre-tête à l’aide de ses ouvrages d’archéologie et l’identifia comme un talisman de protection contre les “maigres bêtes de la nuit” des créatures dont la description correspond tout à fait à celle de N’kwane (serpentiforme, griffue, ailes de chauve souris…). Selon Drumond et moi, cela pourrait aussi être ce que l’on nomme des “horreurs chasseresses”. Drumond semble visiblement prendre ses lectures au sérieux et sans trop les remettre en question.

J’ai profité de notre rassemblement chez Eva pour parler un peu aux autres de mon veritable passé, et de la portée de l’histoire invisible et des secrets que l’homme n’est pas censé savoir. J’explique aussi la nature et l’intérêt du bâton à mes compagnons, qui consentent par pragmatisme à ce que je le conserve. Selon Katherine, le symbole gravé sur les victimes de la secte à laquelle est liée N-kwane est un symbole sacrificiel visant à empêcher de faire parler la personne… Et si l’on en croit la légende de ce symbole, cette interdiction est valable aussi pour leur âme, même après la mort: l’esprit est sacrifié et condamné, puis envoyé chez quelqu’un, ou quelque chose, offert à une entité supérieure. Nous comprîmes alors que c’était probablement le cas aussi pour l’âme de notre ami Elias. La fin de soirée se fit dans un silence grave, mis face au destin funeste probable de celui qui était notre ami. Si nous devons croire les légendes, même dans la mort il n’a pas trouvé le repos…

Jeudi 5 février 1925

Une semaine plus tard, nous discutâmes des suites à donner à l’affaire, et sur ce que nous pouvions faire. Dans ce genre de situation, j’explique qu’il est toujours plus sage de s’attaquer à la dimension humaine du problème, avant que des personnes aux intentions funestes n’attirent l’attention de creatures trop horribles et incontrôlables, et face auxquelles nous serions impuissants. Nous nous accordâmes qu’on nous ne pouvions plus faire grand chose vis à vis de N’Kwane sur place, et que notre prochaine étape logique était London. Cela fait si longtemps que je n’ai pas vu l’Angleterre… Renseignement pris, nous réservâmes un départ en bateau pour London le lundi 9, dans quatre jours, pour une traversée d’une petite semaine (5 jours en cas de mer clémente) sur la Cunhard. Il fut décidé qu’Eva et moi-même ferions au préalable un voyage à Arkham (afin de rendre le livre à la bibliothèque Miskatonic) avec un crochet dans ma propriété de Boston afin d’y récupérer quelques affaires avant de partir.

Vendredi 6 février 1925

Arrivés à la bibliothèque Miskatonic avec Eva, nous purent aisément y rencontrer Myriam Atwright. Nous lui confiâmes le livre en lui expliquant un peu quel en était sa portée, afin qu’il ne soit plus laissé sans surveillance ou à la portée de tous. Elle nous dirigea vers la bibliothèque Orne, dans la section des livres règlementés. Elle nous présenta au maître de la bibliothèque, un individu bon-enfant, rondouillard, avec une barbe grisonnante et air sympathique : le Docteur Henri Armitage (directeur de la bibliothèque depuis 1906, cet homme a été régulièrement en connection avec ma loge, je le connais de réputation et le considère comme quelqu’un de compétent). Nous lui expliquâmes que nous pensions que ce livre a indéniablement sa place dans la section restreinte de la bibliothèque, pendant que je m’arrangeais discrètement pour qu’il remarque mon anneau marqué du sceau de ma loge pour qu’il sache que ce n’étaient pas des paroles en l’air. Il nous remercia alors vivement en prenant à coeur d’écouter nos conseils, et en nous affirmant que nous serions toujours les bienvenus dans la bibliothèque. Eva Parker lui demanda alors d’un air candide et sans détours s’il possédait des livres expliquant comment tuer des horreurs chasseresses. Visiblement choqué par tant d’aplomb et si peu de discrétion sur un sujet sensible, il lui répondit alors avec ironie et cynisme, balayant ces “légendes”, mais en partageant néanmoins discrètement une  information cruciale affirmant que le soleil, ou toute lumière violente, serait hypothétiquement particulièrement efficace. Nous prîmes congés et nous mîmes en route vers ma demeure à Boston, où nous passâmes la nuit pendant que mes gens préparèrent les affaires dont j’aurai besoin pour cette longue traversée.

De retour à New York, je continuai mon étude du livre d’Ivon en attendant l’embarquement du lundi, qui s’est déroulé sans encombre, comme la traversée elle même, si nous excluons les cauchemars dont j’ai parlé plus haut qui nous ont tous affectés, et tout particulièrement Lassiter dont la quiétude fut rompue par sa certitude d’avoir entendu des bruits dans sa chambre la veille. Demain, London. J’en profiterai pour rendre visite à mon vieil ami et mentor, j’espère que sa sagesse pourra nous aider à démêler certains des mystères de cette affaire sordide……

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