Tagged With: Professeur Anthony Cowles
Les PNJ
Liste des PNJs sans information particulière
- Royston Whittingdon : sous-secrétaire de Mombasa (Collingswood House)
- M. Harvis : représentant de la colonie (Nairobi)
- Faraz Najir : contact de R. Carlyle au Caire, Rue des Chacals, Egypte
- Andrew Dixxon White : auteur de ‘Une histoire de la guerre entre science et technologie dans la chrétienté’
La créature de Silas N’Kwane
J’écris ces lignes au chevet de ma cousine, dans une chambre d’hôpital. Les évènements se sont enchaînés en cascade et il est temps pour moi de mettre mon journal à jour. Ce début de semaine aura été rude pour tout notre petit groupe, mais je pense surtout aux autres, qui ont été sans doute pour la première fois face à une preuve tangible, indéniable, et terriblement dangereuse des terreurs tapies dans l’ombre de l’histoire de l’humanité. J’espère que leurs esprits seront assez solides pour tenir… Mais prenons les choses dans le bon ordre.
Dimanche 18 janvier 1925
Nous nous retrouvâmes tous à 10h pour l’enterrement d’Elias. Un office laïc mais très émouvant, financé par Prospero Press. Kensington avait visiblement une relation forte avec Elias car il y a beaucoup de moyens mis en oeuvre. Étonnamment beaucoup de gens du gotha de New York se trouvent dans l’assistance (le chef de la police, divers journaux…).
La foule se dissipa à la fin de la cérémonie. Kensington se dirigea vers Drumond et nous. Il nous reparla de sa proposition de poursuivre l’enquête d’Elias. Je lui demandai s’il cherche à savoir le fin mot pour lui même ou pour avoir une histoire à vendre. Il m’assura que ce n’était en aucun cas voué à être publié. Il a lui même lu les écrits d’Elias qu’il nous a fourni, et confirma qu’il en fallait beaucoup pour secouer Elias, ce qui a piqué son intérêt et sa méfiance à la fois.
Pour Kensington, l’expérience a prouvé qu’Elias ne se trompait jamais, et il veut comprendre, et éventuellement combattre une machination si cette piste s’avérait vraie, et transmettre ensuite l’affaire aux autorités compétentes… s’il y en a. Nous acceptâmes de travailler pour lui. Dans le cas d’un départ à l’étranger pour suivre les pistes d’Elias, il nous dit qu’à London il connait quelqu’un à Scotland Yard et quelqu’un au Scoop (journal local). Il prit ensuite congé.
Nous discutâmes des suites a donner à la piste N’Kwane. Se planquer et le suivre a la sortie le lendemain ? Drumond suggéra meme de s’introduire “par inadvertance” dans sa boutique. Nous eûmes du mal à s’accorder sur la meilleure démarche à suivre. Le dimanche, quand la boutique est fermée ? De nuit ? Le lendemain lundi à la fermeture, voir où il va ?
Dans le doute nous ne fîmes rien de la journée mais nous allâmes etudier les livres chez Carlyle. Drumond lut LaVie d’un Dieu (parlant d’abominations commises au nom du “pharaon noir”, Nyalathothep, ayant un temple en Egypte dans la pyramide inclinée de Dashur). Je commençai le livre d’Ivon. C’est illustré avec une image mi-salamandre mi-serpent mais dressé avec deux bras, c’est assez surprenant. Je suis convaincu que l’illustration a bougé et m’a regardé. Le livre fait référence à la magie du sorcier Eibon. Ça me semble plus un livre technique (rempli de sortilèges pouvant être mis en pratique) qu’un livre lié aux choix de chemin de l’expédition (contrairement à la Vie d’un Dieu qui parlait visiblement de l’Egypte). Eva lut le Peuple du Monolithe, c’est un recueil de poésies sur ce que l’auteur nomme “le peuple des enfers”. Katherine commença les énormes Manuscrits Pnakotiques. Katherine sentit une difficulté reelle à arrêter sa lecture, le livre est très addictif, un phénomène hypnotique. Le livre sous-entend qu’il est possible de contacter et de dialoguer avec d’autres créatures venues d’ailleurs. A ne pas lire seul, donc. Je commençai alors a me dire qu’il n’est pas une bonne idée de laisser Erica vendre ces livres à n’importe qui et n’importe comment. Il faut que je vérifie si j’ai les moyens de les acheter, mais sinon il faudra faire un achat commun avaec ma loge de manière à ne pas laisser cela tomber aux mains du grand public ou d’un John Scott.
Lassiter profita de notre studieuse journée pour aller voir Marie Lenoir.
Lundi 19 janvier 1925
Lassiter chercha parmi ses contacts s’il avait un détective sur Harlem. Il en trouva un, un blanc, mais qui connait le quartier, et qui avait parmi ses contact un black travaillant avec lui. Il lui demanda de chercher des infos sur Anastacia M’weru (la négresse de Carlyle), et de filer Silas N’kwane.
Eva m’appela tôt le matin, décidée à se rendre à la police pour tirer les vers du nez du nègre en lui parlant de Silas, et nous nous donnâmes rendez vous à midi chez elle. Lassiter la rejoignit sur place. Le negre a visiblement réagi au nom de N’Kwane. Il leur dit qu’ils finiront dans la bouche du Chakota. Notablement, il demandera à Lassiter, d’un air complètement rigide, s’il avait déjà revendu la gourde, prouvant qu’il y avait un passage d’information effectif entre N’Kwane et lui au sein de la prison… Et surtout, selon moi, au vu de l’air rigide, que Silas l’a probablement possédé.
Au déjeuner chez Eva, nous discutâmes de quoi faire de Silas et de son homme. Parmi nos suggestions, l’hypnose, mais il ne semble pas qu’il puisse être réceptif. Nous essayâmes de trouver des idées pour prouver la culpabilité de Silas N’Kwane aux yeux des autorités.
Je suis passé en coup de vent chez Cowles en début d’après midi pour voir s’il avait entendu parler d’Errington et de son livre. La réponse fut “oui”, et il s’est d’ailleurs demandé si ce culte était lié à celui qu’il étudie. Il repartit ensuite sur sa théorie du complot international, et des choses à ne pas prendre à la legere. Il me parla notamment de tribus capables de dialoguer à travers leurs rêves à l’autre bout du monde. Je rejoignit ensuite ma cousine Katherine chez Carlyle (avec une heure de retard, Cowles s’étant montré insistant sur la quantité d’informations à me transmettre) mais elle en avait profité pour se renseigner auprès d’Erica sur la source originale des livres. La soeur de Carlyle n’en a aucune idée, surtout au vu de leur valeur. Nous continuâmes alors notre étude des livres. Eva se renseigna pendant se temps dans une bibliothèque sur le Chakota.
Mardi 20 janvier 1925
Le matin, chez Eva, lorsque Lassiter nous rapporta avoir trouvé un poulet décapité cloué sur sa porte, j’aurais dû me douter que cette journée allait mal se terminer. Il appela la police et fit une déposition. Du coup, nous allâmes voir Poole pour l’aiguiller vers N’Kwane. Katherine réussit à le convaincre de faire une descente en notre compagnie sur la boutique du nègre. Le détective privé de Lassiter le recontacta en fin de matinée pour lui dire qu’il lâchait l’affaire, que trop de monde était impliqué (30 ou 40 personnes faisant “des trucs” la nuit). Il nous dit que ce groupe a main basse sur le quartier et qu’il règne un genre de loi du silence.
Nous prévînmes Poole de ces nouvelles informations. Au bout de quelques temps un officier vint nous prevenir que Poole nous attendrait à 18h au commisariat. Avant d’y aller, Lassiter nous dit qu’il s’est senti observé plusieurs fois dans la journée.
Au commisariat, Poole nous dit qu’il a rencontré des blocages au niveau de ses supérieurs lorsqu’il a proposé une descente sur un potentiel Speakeasy d’Harlem (sont ils corrompus ?) du coup il aura peu de soutien et d’hommes, et il “ne la sent pas”. Si seulement nous l’avions écouté… Mais d’un autre côté, dans ce cas, la menace règnerait toujours sur Harlem, New York, et le monde. Nous tentâmes de trouver un moyen de contourner le blocage (demander à Erica de faire pression sur le chef de la police). Nous expliquâmes à Poole que nous sentions ces hommes liés à la mort d’Elias.Poole nous dit que soit nous pouvions y aller de jour sans gros risque, si ce n’est celui de rien trouver, soit de nuit avec une équipe limitée (triée sur le volet pour éviter toute fuite en cas de corruption effective de ses supérieurs), mais ce serait plus dangereux.
Vu que la “proie” était visiblement au courant de nous soupçons, nous nous accordâmes pour y aller le soir en dépit du danger. Eva impressionna un Poole initialement dubitatif avec sa collection d’armes militaires. Poole nous donna rendez vous à 1h du matin dans un entrepôt. Eva contacta Corey (le garde du corps de la soeur Carlyle) par telephone pour voir s’il eut pu dépêcher d’autres renforts pour notre expédition, mais elle raccrocha bredouille. En revanche, Drumond réussit à convaincre un camarade vétéran, Thomas Motley, de nous accompagner.
Nous nous retrouvâmes à 1h à l’entrepôt avec Poole et 3 de ses hommes. Nous fûmes plusieurs à remarquer être surveillés chez nous mais nous semâmes les petits curieux avant d’aller au rendez-vous. Sur place nous vîmes deux hommes faisant le guet de manière discrète. Je prévint mes camarades que “j’avais prévu quelque chose du genre” et que j’allais faire un peu de prestidigitation pour débloquer la situation… Me rendant un peu à l’écart, je me mis à psalmodier une formule et de la fumée se mit à sortir de ma bouche, s’élevant, puis disparaissant d’un coup. Un brouillard dense se leva alors, localisé autour des deux guetteurs… Sans demander leurs reste, les policiers se mirent en action et assommèrent les guetteurs. Il était 2h lorsque nous fûmes prêts devant la porte de la boutique Juju. Drumond ouvrit la porte… en faisant sonner le carillon… Disons pour la postérité qu’il était probablement rongé par le stress.
Personne ne vint néanmoins répondre au grabuge. De nuit, la boutique était lugubre. Nous avançâmes à la lumière de nos lampes-torche. Nous ne trouvâmes aucune porte mais il y avait une trappe ouverte derrière le comptoir. Nous entendîmes des chants africains et des tambours. Une dizaine de tambours. Un escalier de pierre s’enfonçant sous terre, eclairé par des torches. Au bout de 6 mètres, nous arrivâmes sur un couloir assez long donnant sur une porte de métal renforcée avec des symboles bizarres africains (Eva relia les symboles aux kikouyous) et je reconnus des symboles occultes liés au Mal.
En regardant par la serrure nous vîmes une cérémonie en train d’avoir lieu avec une trentaine de personnes à moitié nues avec une coiffe hideuse ornée d’un tentacule (ou d’une langue ?) sur le front, coordonnées par un grand nègre vêtu d’une robe à plume et de griffes de lion fixées aux mains. Certains des hommes avaient des pranga, mais ils étaient complètement concentrés dans leur rite, nombre d’entre eux presque en transe. Deux personnes étaient attachées mains liées au bord d’un trou (deux blancs à l’air terrorisé). N’kwane était aussi présent au sein de la troupe.
Les policiers ouvrirent la porte en grand et firent retentir un coup de fusil de sommation. L’assemblée se mit à hurler, les policiers sommant tout le monde de ne plus bouger. La situation était très tendue. Le chef ritualiste nous promit alors une mort douloureuse, ordonnant à ses hommes de nous amener à lui. Avec horreur, nous aperçûmes quatre hommes (trois blancs et un nègre) avec les intestins pendant, les yeux vitreux, et le même symbole qu’Elias gravé sur le front. En d’autres termes : des zombies. Drummond sembla mal accuser le coup et se mit à paniquer. Aucun des nègres, en revanche ne sembla choqué de la présence des non-morts.
Nos balles restèrent sans effet sur les zombies. Lassiter tira sur N’Kwane. Les zombies s’approchèrent avec des matraques à pointes. L’un des policiers en frappa un à la tète et cela sembla nettement ralentir le zombie. Du coup nous nous mîmes tous à viser les têtes et ils finirent par tomber. Le chef ordonna à son culte de nous charger et les 30 hommes se ruèrent vers nous. L’un des policiers s’écroula, et Poole nous dit de reculer dans les escaliers. Un autre policier tomba à terre, nous abattîmes de nombreux belligérants mais ils semblaient se moquer de leur vie et continuaient à avancer. Un troisième policier tomba. Le dernier. Nous réussîmes à sortir, à fermer la trappe, et des heurts violents commencèrent à faire écho de l’autre côté de notre barrière de fortune.
Poole et Drumond sont allés chercher des munitions et des fusils dans la camionette. L’ami de Drumond amena même un bâton de dynamite. Mais avant même de l’allumer, la trappe explosa et… Difficile de pouvoir nommer efficacement la chose qui s’éleva entre les débris de la trappe. Une créature serpentiforme aux ailes noires. Elle ne correspond à aucune créature sur lesquelles j’ai déjà fait des recherches, mais il est évident que la chose était liée au Mythe. L’ami de Drumond lâcha la dynamite en proie à la panique avant de se faire éventrer par la bête. Drumond jetta la torche dessus pour l’allumer mais son lancer n’était pas assez précis, la torche s’écrasa à plus d’un mètre du bâton de dynamite… Du coup, sans voir d’autre option devant nous et sous le coup de l’adrénaline, je me mis à psalmodier en faisant fi des apparences et de toute discrétion. La torche répondit à mes ordres et se dirigea d’elle même sur le bâton de dynamite. Drumond et moi plongeâmes alors derrière le comptoir, mais les autres ne furent pas assez rapides et furent violemment secoués par l’explosion. Poole, Drumond et moi tirâmes les trois autres hors de la boutique. Poole appella une ambulance depuis une cabine publique. L’ambulance embarqua les trois blessés grave pendant que nous fîmes le guet a trois devant la boutique en attendant les renforts de police. Ces derniers sont arrivés au bout d’une heure et demie, et rien de vivant, humain ou non, ne sortit des décombres de la boutique Juju…
Mercredi 21 janvier 1925
Au petit matin, je me rendit à l’hôpital pour prendre des nouvelles de mes compagnons. Leurs jours ne sont pas en danger, mais ils auront besoin d’une longue convalescence. Et je devine que quand ils seront plus en forme, une grande et sérieuse discussion nous attends. Il est évident que tous ne sont pas prêt à entendre tout ce que j’ai à dire. Mais le sort a fait qu’à ce jour… il n’y a plus le choix.…
L’affaire prend une sombre tournure : traces d’une véritable trame occulte autour de notre enquête
J’ai pris quelques châtaignes grillées pour me réchauffer un peu devant mon café en attendant nos plats. L’avantage, c’est qu’il sera difficile de faire pire que la daurade d’hier. De toutes façons, avec tout ce qui s’est passé cette semaine, je commence à ne plus avoir d’appétit du tout.
Vendredi 16 janvier 1925, suite
Apres le funeste repas du poisson pas frais, nous nous séparâmes, chacun avec un rôle important à jouer.
Katerine a été voir le docteur Lemming, chargé de l’autopsie, qui est également connu pour être un anthropologue. Il lui apprit qu’à chaque fois, sur chacun des cadavres qu’il a examiné, la fameuse marque occulte a été faite violemment ET lentement à la fois, mais surtout – comble de la cruauté – du vivant des victimes. Il confirme qu’il y a eu plusieurs perpétrateurs, puisque bien que la plupart des marques aient visiblement été faites par un droitier, trois d’entre elles ont été gravées par un gaucher. Katerine croisa Martin Poole sur place durant leur entretien, qui lui a apprit qu’ils avaient remarqué qu’en l’absence d’autre lien évident entre elles, toutes les victimes fréquentaient des personnes “à risque” (des dockers, des voyous, des nègres…). La piste serait donc plus liée à leurs fréquentations qu’à leur nature intrinsèque.
Drumond retourna voir le journaliste du Times ayant travaillé sur les meurtres. Il fit alors le lien entre son nom et l’un de ceux que nous avions survolé durant notre enquête: lui aussi a été le témoin de l’un des meurtres, celui d’Angus Mason, et avait aussi vu un énorme nègre avec un “grand couteau”. Après que Drumond lui décrive les instruments barbares auxquels nous avons eu affaire, il s’avère que ce grand couteau était également un pranga, du même type que celui utilisé pour tuer Elias. Il apprit également que le journaliste Patrick Russel a été massacré à son domicile, mais surtout qu’il etait spécialiste de tout ce qui a trait au commerce et à l’import export.
Lassiter fila chez Emmerson Imports, se faisant passer pour l’avocat de la fausse identité téléphonique d’Eva. N’Kwane est visiblement un gros client d’Emmerson Imports, mais il n’est pas porté haut dans leur estime et ils l’insultèrent copieusement. Apparemment il tient une boutique à Harlem, la boutique Juju, a l’Est de la Lennox avenue. Quant à eux, ce sont les agents américains d’un exportateur à Mombasa. Pas de lien direct visible entre eux, donc, si l’on peut se fier à leurs déclarations et à leur visible animosité, mais plutôt une relation commerciale nécessaire. Il faudra sans doute visiter cette boutique.
Eva partit à la recherche de Victoria Post pour, à travers elle, contacter Erica Carlyle. Elle apprit qu’elle a récemment ouvert une galerie d’art à Chelsea. Si Post semblait dubitative au départ de la conversation, Eva réussit à la captiver avec ses révélations sur l’enquête Carlyle et sembla se ranger de son côté. En dépit du déni d’Erica vis a vis de cette histoire, Victoria pense que ce serait une bonne chose qu’elle ait vent de ces développements et promet de lui en parler. Elle proposa un rendez vous à Eva le lendemain soir car Erica donnera une soirée mondaine dans sa demeure, un gala de bienfaisance où Victoria pourrait sans problème nous avoir des invitations nominatives (Eva et nous serons sur la guest list) en nous précisant bien évidemment de ne pas venir les mains vides. Lassiter et Drumond n’étant pas particulièrement aisés, nous prendrons en charge leur relooking et le cadeau nécessaire à la politesse pour un tel gala… C’est tout naturel, même si Eva en a profité pour tenter de mettre Drumond en servage en réclamant la moitié des bénéfices de son prochain ouvrage, qu’il a bien évidemment refusé. Je suppose qu’elle plaisantait. Je l’espère.
Quant à moi, je décidai d’aller voir le professeur Cowles, un bonhomme à l’air avenant sur les photographies. Accueilli dans sa résidence par Ewa, probablement sa fille, charmante mais habillée comme une garçonne, j’ai demandé à voir son père, non dans rater lamentablement un tour de prestidigitation, par habitude j’ai voulu sortir une fleur de ma manche pour la faire sourire, mais je n’ai pas pensé que je n’avais pas le bon costume… Cowles arriva avec sa barbe rousse, assez imposant et bedonnant. Il a l’air assez excentrique. Visiblement, Elias ne lui a pas parlé ni pris un quelconque contact durant la conférence, même si Cowles avoua avoir déjà lu ses ouvrages. Nous discutâmes un peu des thèmes de sa présentation. Pour lui, le culte du père des chauves souris n’est pas exclusif aux aborigènes australiens mais est antérieur à la civilisation humaine et s’est étendu partout à travers le monde. Il me passa quelques diapositives. Je lui demandai si l’on pourrait faire des liens avec l’Egypte ou le Kenya. Il à en effet trouvé des correspondances troublantes entre les cultes de la chauve souris des sables et d’autres divinités endormies. L’un des ouvrages les plus troublants qu’il a consulté à Sydney tend à montrer que même si le culte s’est éteint il y a plusieurs centaines d’années, des gens se sont fait attaquer à l’époque moderne, comme Arthur Macwhirr. Certains de ses collègues sont morts de centaines de petites piqûres, ce qui lui a fait penser à la chauve souris des sables. Il a une théorie. Il me demanda si j’ai entendu parler de R’lyeh. Il pense que le culte de la chauve souris serait lié à cette histoire. Selon lui, il n’y aurait pas une seule entité mais tout un panthéon voué à la destruction de l’homme. La terre ne serait qu’un immense champ de bataille.
Il m’affirma avoir lu les écrits de Ponape à Sydney… Et je pense qu’il a tout de suite remarqué la difficulté avec laquelle j’ai tenté de cacher ma surprise… Peu de gens au monde connaissent cet ouvrage ou sa portée réelle. J’étais venu voir un vieil érudit, je me retrouvais face à quelqu’un ayant également aperçu des bribes de la nature réelle du monde. Sur les écrits, il a eu l’une des versions en main, mais l’exemplaire a été dérobé par John Scott, dont il ne connait que le nom, transmis par la bibliothécaire. Je le met alors immédiatement en garde, ce nom ne m’étant pas inconnu. John Scott est un comme moi un occultiste de Boston, mais fait partie des personnes qui ont disparu de la circulation, c’est un mage noir extrêmement dangereux. Cowles me raconta un peu ce qu’il avait tiré des écrits de Ponape. Ils ont été rédigés par le capitaine de Vaisseau Abner Ezekiel Hoag de Kingsport dans le Masschussets (au XVIIIème siècle). Il parlent des diables des mers et du dieu Dagon. Des créatures vouées à la chute de l’humanité. Le capitaine a rédigé l’ouvrage en 1734, transcription d’écrits provenant des légendes des mers du sud. Hoag aurait aussi rassemblé des textes parlant de Mu, compilés par un métis polynésien. Ils sont liés à Dagon mais prient Cthulhu et ont des rapports charnels avec les humains. Une légende dit qu’il se passe toujours quelque chose pendant la lecture, et Cowles confirma ce fait : pendant sa lecture, il a plu des grenouilles.
Nous discutâmes longuement pendant une bonne partie de l’après-midi. Avant de partir, je lui dessinai le symbole retrouvé sur Elias pour voir s’il l’avait déjà vu dans ses études sur le culte, mais même approximativement cette rune ne lui était pas familière. Il m’expliqua enfin vouloir réunir des fonds en vue d’une expédition sur le site découvert par Macwhirr en Australie. Ewa et lui retourneront à Sydney dans ce but d’ici 6-7 mois. Il m’explique l’objectif réel de son expédition : il cherche la cité de la grande race.
Mes compagnons et moi-même nous retrouvâmes à l’heure du thé chez Eva. C’est là qu’elle nous annonça que nous serions de gala le lendemain soir. Drumond appella Atwight au téléphone depuis chez Eva, et lui annonça qu’Elias est mort. Nous apprenons qu’il cherchait à consulter les “Sectes Secrètes d’Afrique”, un livre sur les sectes. Il a disparu de la bibliothèque avec les fiches d’emprunt (empêchant donc de suivre leur trace), et le jour même de la disparition il y avait une odeur innommable dans la bibliothèque qui a marqué les souvenirs d’Atwight. Pour Drumond, ce livre a un autre nom : “Les sectes obscures de l’Afrique”, écrit par un Américain en 1910, Herrington, et édité à la Golden Goblin Press de New York. Son auteur est mort dans des circonstances suspectes d’un arrêt cardiaque juste avant sa publication et du coup le manuscrit n’a jamais été mis sous presse. C’est probablement l’une des seules copies, l’une des épreuves d’impression réservées à l’auteur et à l’éditeur.
Du coup Drumond enchaîna avec un autre coup de téléphone à la Golden Goblin Press, pour se renseigner sur l’ouvrage. Leur seule copie a été remise à la famille après la mort de Herrington. Ils eurent l’amabilité de nous donner l’adresse qu’ils avaient dans leurs archives mais c’était il y a quinze ans. C’est dans le Queens, et nous nous y rendîmes immédiatement dans la voiture de Drumond. Nous tombâmes sur la mère de l’auteur, très vieille mais encore en vie, et emprunt de cette sympathie accueillante qui tend à disparaître des rues de New York. Elle nous invita à rentrer au chaud pour parler et goûter ses cookies sortant du four. Elle nous dit avoir revendu le manuscrit de son fils à Harvard, c’était donc malheureusement le même exemplaire que la copie volée à Artwright. Elle parla également du “dernier cadeau” de son fils qui lui a demandé juste avant sa mort de ne jamais l’enlever de la porte. Nous nous retournâmes, et là encore il me fut difficile de contenir ma surprise. Sur la porte était fiché un ancien symbole occulte, le signe des anciens. Loin des pentacles et des têtes de boucs liés aux sorciers dans l’inconscient collectif, l’existence et la pertinence d’un tel symbole sont réservés à une élite.
En essayant d’être le plus discret possible – la vieille dame n’y a vu que du feu mais à leurs yeux mes compagnons auraient bientôt des questions à me poser – j’ouvris mon troisième œil afin de m’assurer de la teneur magique de l’objet. Il était évident qu’un sortilège de mauvais œil avait été jeté sur ce lieu, mais que ce dernier avait été protégé par le signe des anciens. Fort de cette confirmation et de l’assurance de la perfection du tracé du symbole, je repris mes perceptions mondaines, mais l’expérience me laissa temporairement faible physiquement. L’effet magique invoqué était bénin, mais la combinaison du stress de la mort d’un ami, des révélations de Cowles, et de la découverte de symbole de puissance chez la vieille dame ont dû me troubler plus que de raison. En tout cas il est clair que l’auteur des “Sectes…” se sentait menacé par une force surnaturelle et qu’il a voulu protéger ses proches. C’est très noble de sa part, même s’il n’a visiblement pas réussi à se protéger lui même.
En sortant de chez la mère de l’auteur, je révélai à mes compagnons que le symbole est un symbole de protection occulte prouvant selon moi que Herrington n’était pas un charlatan mais un véritable ritualiste. A leurs yeux, tous ne sont pas forcément convaincus du réel de ces pratiques. Un peu heurté et fatigué par cette histoire, j’ai demandé à Drumond de me ramener à mon hôtel en voiture. Eva téléphone alors au poste de police depuis une cabine, et en l’absence de Poole, elle veut passer pour accéder au dossier, en dépit de notre assurance qu’elle allait probablement perdre son temps. Je descends à mon hôtel avant leur départ pour le poste, et j’apprendrai le lendemain que sans surprise, Eva s’est heurté à un mur administratif de procédure policière, et même ses larmes de crocodiles n’ont pas réussi à convaincre le Sergent Hudson de lui laisser accéder au dossier en l’absence de Poole ou de papiers d’accréditation dûment signés.
Samedi 17 janvier 1925
Avant de rejoindre mes compagnons pour le déjeuner, je me suis rendu à la loge Thoth Hermes #9 pour me renseigner sur Herrington et la Langue Sanglante. Mes frères me confirmèrent que Herrington était lui aussi membre du temple. En revanche, ils n’eurent aucune information additionnelle à m’apporter sur la Langue Sanglante.
Lors du repas de midi, je viens d’expliquer à mes camarades que Herrington faisait partie d’une “loge occulte de New York”, sans leur donner plus de détails. Drumond me conseilla alors de retourner voir Cowles pour voir s’il avait à tout hasard entendu parler de Herrington ou de son livre. Je pense que j’aurai le temps de lui rendre une petite visite avant le gala de ce soir…
…La conférence du Professeur Anthony Cowles
Ewa Seaward Cowles
Etudiante (1904 – )
Le fille du professeur Cowles est une très jolie jeune femme d’une vingtaine d’années qui est bien connue de tous les étudiants du campus pour son charme discret.
Cheveux auburn avec une coupe à la mode, c’est son charme naturel et discret qui attire l’oeil, plus que ses tenues un peu garçonnes.
…
Professeur Anthony Dimsdale Cowles
Professeur d’anthropologie de l’université de Sydney (1879- )
Le professeur Anthony Cowles est un homme de taille moyenne qui possède une imposante barbe rousse malgré un début de calvitie. Passionné et un peu farfelu, il est toujours au large dans un complet froissé en tissu épais écossais dont les poches baillent.
Cowles est australien, mais enseigne depuis mi 1924 à l’université Miskatonic d’Arkham et à l’université de New-York. Il est spécialisé dans l’étude des îles du pacifique mais s’intéresse tout particulière à une civilisation disparue: la Grand Race.
Il est veuf. Il a une fille unique nommée Ewa.…












